Saturday, April 22, 2023

Climat, la part d'incertitude de Steven Koonin


Le réchauffement climatique sert de plus en plus de justification à de nombreuses politiques: impôts sur l'émission de carbone, la fin des moteurs thermiques, la transition énergétique... Mais qu'en est-il réellement de ce réchauffement? Quel est l'état actuel de nos connaissances? La hausse des températures est-elle aussi rapide et destructrice que l'annoncent les médias? Et quelle est la meilleure stratégie pour s'en prémunir?

L'intérêt de ce livre est qu'il a été écrit par un ancien professeur de physique et vice-président de la prestigieuse université Caltech, nommé par Obama au poste de sous-secrétaire d'Etat aux sciences dans le ministère de l'énergie. En sa qualité de chercheur, il a supervisé la publication de plus de 200 papiers de recherche en physique, informatique, énergie et sciences du climat. Bref, c'est un scientifique de très haut niveau qui a travaillé sur le thème du réchauffement climatique aussi bien du côté scientifique que du côté politique. Et bien qu'il soit une autorité de premier ordre, il n'utilise pas sa position pour asséner ses vérités, mais il entreprend un travail d'explication pour le lecteur. D'ailleurs, il est très critique des scientifiques qui utilisent leur autorité pour faire du catastrophisme dans le but de convaincre les citoyens à se mobiliser dans la lutte contre le réchauffement. Il regrette que de trop nombreux scientifiques soient de mèche avec les hommes politiques pour obtenir des subventions, une belle carrière, et n'œuvrent pas pour un débat serein et scientifique, mais préfèrent la manipulation du public par l'exagération et le catastrophisme.

Selon lui, les recherches scientifiques récentes s'accordent sur le fait que la température moyenne à la surface du globe est en train d'augmenter. Cependant, il fait quelques remarques rassurantes à ce sujet. D'abord, on observe surtout que les hivers sont plus doux au lieu que ce soient les étés qui deviennent plus chauds. De plus, du fait de l'urbanisation, les grandes villes deviennent plus chaudes et les citadins ont l'impression que le réchauffement climatique est plus intense qu'il ne l'est en moyenne sur le globe. 

Mais comment fonctionne le climat et quelles sont les influences humaines? Koonin explique que si la terre n'est pas une planète très chaude sur sa face ensoleillée et très froide sur sa face obscure, c'est grâce à son atmosphère. Cette dernière a deux actions. D'abord, par effet albédo, elle reflète environ 30% de la chaleur qui arrive du soleil, puis elle retient 80% de la chaleur émise par la surface du sol. Or, plus on utilise de charbon et plus il y a de particules fines dans l'air, plus l'atmosphère reflète la lumière du soleil! Cela ne veut pas dire que Koonin est pour l'utilisation du charbon, mais qu'il a l'honnêteté de relever que le charbon n'a pas qu'une action de réchauffement par l'émission de dioxyde de carbone, mais qu'il a aussi une action de refroidissement en augmentant l'effet albédo. De plus, si l'on compare la part de l'activité humaine à la chaleur générée par le soleil, notre contribution n'est que de 1% au système climatique! 

Nos émissions de CO2 sont l'activité humaine qui contribue le plus au réchauffement climatique. Puis viennent les émissions de méthane. Leur effet est 30 fois supérieur au CO2, mais on en produit beaucoup moins et le méthane disparait au bout de 12 ans, alors que le CO2 met des dizaines, voire des centaines d'années pour disparaitre. La bonne nouvelle concernant le CO2, c'est que nous étions arrivés à un point particulièrement bas si l'on regarde 600 millions d'années en arrière. De plus, même si on est actuellement à une concentration de 400 PPM de CO2 dans l'air, ce n'est que vers 1000 PPM que l'homme commence à trouver l'air difficile à respirer, et pour arriver à ce niveau, il faut compter 250 ans au rythme actuel.

Selon toutes les projections, les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas prêts de s'arrêter, car la population mondiale continue de croitre et elle demande à se développer économiquement. 

Dans les chapitres 3 et 4, Koonin s'attaque aux modèles mathématiques utilisés pour prédire le climat et les températures futures. Il montre que si la recherche affine de plus en plus ses modèles et que les super-ordinateurs font des calculs de plus en plus puissants, nos modèles n'arrivent pas encore à prendre en compte tous les facteurs qui affectent le climat. Ainsi, certains facteurs comme les nuages, l'humidité sont aussi importants, voire plus que nos émissions de gaz à effet de serre. En fait, plus nos modèles sont complexes, moins les résultats collent avec la réalité, moins ils arrivent à expliquer les changements de températures récents! Bref, le climat est tellement complexe que les chercheurs font encore beaucoup d'ajustements manuels à leurs modèles, ce qui explique qu'il y a de grandes divergences entre les modèles et qu'il est difficile de leur faire confiance. 

Dans le cinquième chapitre, Koonin s'attaque à l'hystérisation du débat en prenant chaque évènement climatique extrême comme preuve du réchauffement climatique. Il démontre que ces évènements sont des anomalies météorologiques et non climatiques. De plus, on observe plutôt des hivers doux, alors que le nombre de record de températures en été continue de baisser. De manière similaire, dans le chapitre 6, Koonin explique que la science ne permet pas de lier la force et la fréquence des tempête au réchauffement climatique. La même chose peut être dite pour les sécheresses ou les incendies. Et quant à la montée des océans, ce phénomène s'observe depuis 20,000 ans et n'a donc rien à voir avec l'activité humaine.

Au chapitre 9, Koonin remarque que le réchauffement climatique ne s'accompagne pas de catastrophes climatiques. Le nombre de morts causés par la sécheresse, les inondations, les tempêtes et les températures extrêmes ne fait que baisser depuis qu'on les mesure, il y a 100 ans. Les récoltes sont plus abondantes et la faim diminue dans le monde, bien que la population continue de croitre. L'impact du réchauffement sur la croissance économique est négligeable dans la grande majorité des études scientifiques. 

Alors pourquoi les média continuent-ils de sonner l'alarme et de citer les conclusions tonitruantes du GIEC ? Pour Koonin, les médias, les hommes politiques et la plupart des organisations non gouvernementales essaient de convaincre au lieu d'informer. D'ailleurs, il remarque un problème de taille avec les rapports du GIEC: la recherche est bonne, mais les conclusions de chaque chapitre ne sont pas forcément écrits par les scientifiques eux-mêmes et surtout, ils ne donnent pas lieu au même questionnement et aux mêmes révisions que le chapitre en question. Ainsi, ces conclusions grand public du GIEC exagèrent ou contredisent souvent la recherche! Et, malheureusement les scientifiques n'osent pas lever la voix, car ils sont alors vus comme des traitres à la cause. Koonin a pu en faire l'expérience lorsqu'il pointa des contradictions dans certains rapports du GIEC. 

En conclusion, l'auteur propose que les conclusions du GIEC soient soumises à un questionnement scientifique rigoureux. Pour lui, la science est en train de perdre en crédibilité et il trouve cela inquiétant pour la marche du progrès. Concernant le réchauffement climatique, Koonin est opposé à des solutions radicales qui devraient être imposées par la force politique et à une échelle mondiale pour pouvoir fonctionner. Il pense qu'il est bien plus rationnel de choisir la voie de l'adaptation au réchauffement. En effet, cette adaptation sera locale et donc plus efficace et bien acceptée qu'un plan décidé au niveau global. Plus nous serons riches et plus nos connaissances auront progressé, plus on aura de solutions pour limiter nos émissions. La plupart des pays développés ont déjà montré qu'il était possible d'augmenter la croissance économique sans augmenter les émissions de gaz à effet de serre. Cela devrait nous inciter à l'optimisme.

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