The Taiwan issue is one of the most important geopolitical challenge of our times. Mainland China keeps on insisting that Taiwan must be reunified with the Mainland, while the US arms Taipei so that it wouldn't happen without a great cost.
Thursday, May 7, 2026
Is Taiwan part of China?
The Taiwan issue is one of the most important geopolitical challenge of our times. Mainland China keeps on insisting that Taiwan must be reunified with the Mainland, while the US arms Taipei so that it wouldn't happen without a great cost.
Friday, April 17, 2026
La concurrence de la Chine
Cela étant dit,
il est important de reconnaître que la rivalité et la compétition entre grandes
puissances, tout comme entre nations plus petites, sont des éléments naturels
des relations internationales. En tant qu’Alsacien, né au cœur de l’Europe, je
soutiens naturellement ma région natale. Mes études aux États-Unis m’ont permis
d’apprécier la mentalité pragmatique et optimiste des Américains, ce fameux «
can do », et après trente ans de vie à Taïwan, j’ai également une vision
positive du potentiel asiatique. Mon point de vue sur la rivalité géopolitique
et économique s’est progressivement neutralisé, surtout depuis que l’Europe est
moins centrale dans la compétition mondiale. À bien des égards, la finale de la
Ligue des Champions géopolitique, c’est aujourd’hui USA contre Chine, avec une
Europe à la traîne en matière d’unité économique, de PIB, de croissance et de
puissance financière.
Puisque le
conflit militaire doit être exclu, la plupart de la rivalité se joue désormais
surtout sur le terrain économique. Ce domaine est particulier, car les deux
derniers siècles ont montré que l’économie n’est pas un jeu à somme nulle : le
libre-échange profite à la fois aux acheteurs et aux vendeurs. Ainsi, je
considère le développement de la Chine non pas comme une menace, mais comme une
opportunité et une preuve de l’efficacité du commerce mondial et du
capitalisme.
Pour reprendre la
comparaison avec la Ligue des Champions, les gens sont attirés par cette
compétition car elle rassemble les meilleurs joueurs sur la scène mondiale.
Leur talent, leur rapidité et leur précision dépassent largement ceux des
équipes locales, ce qui rend le spectacle passionnant et inspirant. La course à
l’IA entre Anthropic, OpenAI, X, Google, DeepSeek, Alibaba, Tencent et Z.ai est
tout aussi captivante, avec de nouveaux modèles lancés chaque semaine. Sans la
concurrence chinoise, les entreprises américaines d’IA pourraient manquer
d’urgence pour innover, et vice versa. Les firmes chinoises cherchent à
surpasser ou à se distinguer de leurs homologues américains, ce qui accélère
l’innovation et offre plus de choix aux clients du monde entier. Notamment,
certaines startups américaines choisissent désormais le modèle ouvert de
DeepSeek pour son coût abordable et un meilleur contrôle des données.
Comme dans un bon
match de Ligue des Champions, je veux voir du fair-play, et non une série de
fautes où une équipe cherche délibérément à nuire à l’autre. Un vrai jeu exige
l’équité et le respect des règles, permettant à chaque camp d’exprimer son
potentiel. Dans ce contexte, les États-Unis ont parfois utilisé leur position
hégémonique pour freiner la progression chinoise, notamment via les
restrictions sur les exportations de semi-conducteurs. Si ces restrictions ont
causé des revers à court terme pour le secteur high-tech chinois, elles ont
aussi entraîné une mutation de long terme vers la « dé-occidentalisation » des
chaînes d’approvisionnement. Le gouvernement chinois a priorisé le financement
des industries stratégiques, aboutissant à une croissance impressionnante dans
plusieurs secteurs huit ans après le premier embargo technologique. Concernant
l’interdiction sur les semi-conducteurs, Jensen Huang, PDG de NVIDIA, a
souligné que ne pas vendre de puces à la Chine nuit à son entreprise en lui
faisant perdre un marché immense et lucratif — un marché qui pourrait financer
la R&D essentielle. L’embargo a peut-être ralenti la Chine temporairement,
mais il a aussi stimulé l’ingéniosité et l’urgence, renforçant l’autonomie
chinoise. Au final, cette tactique pourrait s’avérer plus préjudiciable aux
États-Unis et à l’Europe qu’à la Chine elle-même.
Certains
commentateurs perçoivent l’ascension de la Chine et prônent la rupture totale
des échanges, affirmant que des marques comme BYD détruiront les industries
nationales. Ils soutiennent que chaque transaction avec la Chine soutient le
Parti communiste et finance une puissance rivale. Pourtant, il est important de
se souvenir que le commerce apporte des avantages mutuels. Le commerce avec la
Chine permet aux acheteurs de réaliser des économies significatives — les
produits fabriqués en Chine sont souvent plus abordables que leurs équivalents
occidentaux. De plus, la Chine est une source de revenus et de bénéfices pour
de nombreux grands groupes européens (LVMH, Siemens, Apple), offrant des
emplois bien rémunérés et des fonds supplémentaires pour la R&D et
l’investissement. Comme le disait Bastiat, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne
voit pas : alors que les commentateurs pointent du doigt les emplois perdus et
les fermetures d’usines en Occident, ils omettent souvent que des usines
chinoises ferment également à mesure que le travail peu qualifié migre vers le
Vietnam ou l’Inde, et que les nouvelles usines high-tech sont de plus en plus
automatisées, devenant des « usines noires ». Ces tendances illustrent la
pression constante pour l’efficacité dans la fabrication, secteur peu rentable.
Ce n’est pas la Chine qui provoque le changement et les difficultés dans
l’industrie occidentale, mais la modernisation irréversible du monde, qui
génère du changement, parfois négatif, mais surtout positif (le PIB mondial augmente,
la pauvreté recule…)
Le cas d’Apple
illustre bien cette dynamique. Depuis la sortie du premier iPhone en 2007,
Apple a conservé son leadership mondial (20 % de part de marché) grâce à une
innovation continue et un souci constant de l’expérience client. Même en Chine,
Apple n’est devancé que par Huawei, avec un record de 13,1 millions de
téléphones vendus au premier trimestre 2026. La fabrication en Chine a favorisé
l’émergence de concurrents locaux, mais elle permet aussi à Apple de maîtriser
ses coûts et de rester compétitif. De plus, de nombreuses exportations
chinoises sont des produits conçus et réalisés pour des entreprises
occidentales, illustrant la nature collaborative du commerce mondial.
L’ascension de la
Chine s’explique par un Parti communiste plus astucieux et capitaliste. Mais la
Chine n’est pas responsable des crises occidentales ; la plupart des
difficultés en Occident proviennent de politiques publiques stupides :
développement excessif de l’État providence, éducation égalitaire négligeant
les filières scientifiques, gestion déficiente de l’immigration, stratégies
énergétiques erronées (notamment en Allemagne), et politiques inflationnistes
des banques centrales.
Les gouvernements
occidentaux peinent de plus en plus à masquer leurs erreurs aux électeurs. Les
voyageurs revenant de Chine rapportent que les États-Unis et l’Europe sont
désormais considérés comme des régions en développement, où la sécurité et les
obstacles bureaucratiques freinent le progrès. Les experts de gauche admirent
la bureaucratie chinoise efficace, mais prônent la réduction des échanges pour
protéger les industries nationales au moment où l’automobile occidentale peine
à passer à l’électrique. Ériger des barrières commerciales peut tenir les
véhicules électriques chinois à l’écart, mais risque de cloisonner les
industries nationales, de réduire les marchés et de paralyser les économies par
la stagnation. Cette attitude défaitiste équivaut à un sabotage économique.
L’approche
constructive, prônée par trop peu à droite (et personne à gauche), consiste à
se méfier des interventions publiques pour protéger les entreprises
occidentales. Historiquement, les gouvernements occidentaux ont un piètre bilan
en la matière. En réalité, les entreprises privées américaines restent les plus
rentables du monde, avec une capitalisation boursière largement supérieure à
celle de la Chine (40 000 milliards contre 11,5 milliards de dollars). Une
seule entreprise chinoise continentale (Tencent) figure parmi les 25 premières,
à la 19e place, tandis que les États-Unis dominent ce classement des leaders
mondiaux. Et seules cinq autres entreprises non américaines — TSMC, Saudi
Aramco, Samsung, ASML et SK Hynix — atteignent le haut du tableau.
Disposer des
sociétés les plus rentables permet aux entreprises américaines d’investir
massivement dans la productivité et d’attirer les meilleurs talents. Les
subventions chinoises ne sont pas un modèle viable à long terme, et la Chine
découvre encore le capitalisme. Le Politburo chinois regorge d’ingénieurs
brillants, mais les « Magnificent 7 » américains amorcent une révolution
technologique qui dépasse le simple affrontement international.
La Chine possède
de solides atouts : une population nombreuse et éduquée, un taux d’épargne
élevé et un réseau énergétique diversifié. Les États-Unis, de leur côté,
disposent des entreprises les plus innovantes, d’un système financier
expérimenté et de lois sur la propriété solides. Il ne faut pas s’alarmer des
progrès chinois ; il faut plutôt se réjouir que le capitalisme stimule la
croissance pour toutes les nations qui l’adoptent. Au lieu de freiner la Chine,
les États-Unis et l’Europe devraient identifier leurs propres axes
d’amélioration — développer l’énergie nucléaire, alléger la réglementation,
baisser les impôts pour les salariés, pratiquer une immigration ciblée — et
s’adapter au changement. Protéger les entreprises de la concurrence est
contre-productif. La compétition est au cœur du capitalisme, et nos entreprises
privées les plus performantes prouvent que l’engagement et la collaboration
avec la Chine donnent de meilleurs résultats que l’isolement. N’ayez pas peur
de la Chine.
Competition with China: beyond conflict
That said, it is important to recognize that rivalry and
competition among the great powers, as well as among smaller nations, are
natural elements of international relations. As someone from Alsace, France, at
the heart of Europe, I naturally support my home region. My studies in the US
have fostered an appreciation for Americans’ pragmatic and optimistic ‘can do’
attitude, and after thirty years living in Taiwan, I also hold a positive view
of Asia’s potential. My perspective on geopolitical and economic rivalry has
become increasingly neutral, especially since Europe is less central to the
global competition today. In many ways, the Champions League final of
geopolitics is now USA vs China, with Europe lagging behind in economic unity,
GDP, growth, and financial strength.
Since military conflict must be excluded, most of the
rivalry now plays out in the economic arena. This field is unique because the
last two centuries have demonstrated that the economy is not a zero-sum game;
in fact, free trade benefits both buyers and sellers. Therefore, I view China's
development not as a threat, but as an opportunity and a testament to the
effectiveness of global trade and capitalism.
Returning to the comparison with the Champions League,
people are drawn to this competition because it features the best players on
the world stage. Their skills, speed, and precision far surpass those of local
teams, making the contest exciting and inspiring. The AI race between
Anthropic, OpenAI, X, Google, DeepSeek, Alibaba, Tencent, and Z.ai is equally
compelling, with new models launching every week. Without Chinese competition,
American AI companies might lack the urgency to innovate, and vice versa. Chinese
firms are striving to outperform or differentiate themselves from American
counterparts, fueling faster innovation and greater choices for customers
worldwide. Notably, some American startups now choose DeepSeek’s open model for
its affordability and greater data control.
Like a good Champions League match, I want to see fair play,
not a series of fouls where one team deliberately undermines the other. A true
game demands fairness and respect for rules, allowing both sides to perform at
their highest level. In this context, the USA has sometimes leveraged its
hegemonic position to slow China’s progress, most notably through semiconductor
export restrictions. While these restrictions caused short-term setbacks for
China’s high-tech sector, they also prompted a long-term shift toward
de-westernization of supply chains. China’s government prioritized lending to
strategic industries, leading to impressive growth across multiple sectors
eight years after the first technology embargo. As for the semiconductor ban,
Jensen Huang, CEO of NVIDIA, has pointed out that not selling chips to China
hurts his business by forfeiting a massive, lucrative market—one that could
help fund essential R&D. The embargo may have slowed China temporarily, but
it also sparked ingenuity and urgency, ultimately strengthening China’s
self-reliance. In the end, this tactic could prove more detrimental to the US
and Europe than to China itself.
Some commentators sense China’s ascendancy and advocate
cutting all trade with the country, claiming that brands like BYD will destroy
domestic industries. They argue that every transaction with China supports the
Communist Party and funds a rival power. However, it’s important to remember
that trade delivers mutual benefits. Trade with China allows buyers to enjoy
significant savings—products made in China are often more affordable than
Western-made equivalents. Moreover, China is a source of revenue and profit for
many major European companies (such as LVMH, Siemens, Apple), providing
well-paying jobs and additional funds for R&D and investment. As Bastiat
famously noted, there’s what we see and what we don’t see: while commentators
highlight lost manufacturing jobs and factory closures in the West, they rarely
mention that Chinese factories are also closing as low-skilled work moves to
countries like Vietnam or India, and new high-tech plants are increasingly
automated ‘dark factories.’ These trends demonstrate ongoing pressure for
efficiency in manufacturing, which is not a high-margin sector. China isn’t what’s
causing change and pain in Western manufacturing. It’s the unstoppable
modernization of the world that is creating change, some negative, but mostly
positive (worldwide GDP is increasing, poverty is receding...)
The case of Apple illustrates this dynamic well. Since
releasing the first iPhone in 2007, Apple has maintained global leadership (20%
market share) thanks to continual innovation and an unwavering focus on
customer experience. Even in China, Apple is second only to Huawei, achieving a
record 13.1 million phones sold in Q1 2026. Manufacturing in China has fostered
local competitors, but it also helps Apple control costs and remain
competitive. Additionally, many Chinese exports are products designed and produced
for Western companies, highlighting the collaborative nature of global
commerce.
China’s rise can be attributed to a smarter, more
capitalistic Communist Party. But China is not responsible for Western crises;
most challenges in the West stem from misguided government policies: expanding
welfare states, egalitarian education that overlooks STEM, poorly managed
immigration, flawed energy strategies, and inflationary central bank policies.
Western governments are increasingly unable to hide their
mistakes from voters. Travelers returning from China report that the US and
Europe are now viewed as developing regions, where safety and bureaucratic
obstacles hinder progress. Left-leaning experts admire China’s strong,
efficient bureaucracy and advocate cutting trade to protect domestic
industries, particularly as Western automotive sectors transition to EVs.
Building trade walls may keep Chinese EVs out, but risks isolating domestic
industries, shrinking markets, and crippling economies through stagnation. This
defeatist attitude is, in effect, economic self-sabotage.
The more constructive approach, advocated by too few on the
political right (and nobody on the left), is to be wary of government
intervention in protecting Western companies. Historically, Western governments
have a poor track record in this regard. Fact is US private enterprises remain
the most profitable globally, with a market capitalization far exceeding
China’s ($40 trillion vs $11.5 trillion USD). Only one mainland Chinese company
(Tencent) appears among the top 25 at #19, while the US dominates the list of
leading firms. And only five other non-American companies—TSMC, Saudi Aramco,
Samsung, ASML, and SK Hynix—also make the top ranks.
Having the most profitable companies allows US firms to
invest heavily in productivity and attract top talent. Chinese subsidies are
not a sustainable long-term model, and China is still relatively new to
capitalism. The Chinese Politburo is filled with smart engineers, but America’s
“Magnificent 7” are pioneering a technological revolution that transcends mere
international rivalry.
China holds strong cards: a large, educated population, high savings rates, and a diversified power grid. The US, meanwhile, boasts the largest innovative companies, a seasoned financial system, and robust property laws. We should not be alarmed by China’s progress; instead, we should be proud that capitalism drives growth for all nations that embrace it. Rather than hindering China, the US and Europe should identify areas where they can improve—such as expanding nuclear energy, reducing regulation, lowering taxes for workers, pursuing targeted immigration—and adapt to change. Shielding companies from competition is counterproductive. Competition lies at the heart of capitalism, and our most successful private firms prove that engagement and collaboration with China yield better outcomes than isolation. Don't be afraid of China.
Thursday, March 5, 2026
Iran : Scénarios géopolitiques
Alors que la tension atteint des sommets au Moyen-Orient, un tournant majeur semble s’amorcer, porté par une frappe surprise qui a décimé l’état-major iranien, dont le Guide suprême Khamenei lui-même. Selon plusieurs sources, Israël aurait intercepté l’information d’une réunion cruciale et persuadé les États-Unis d’engager l’offensive, les Américains jouant alors le rôle de force armée au service de l’État hébreu, réputé pour sa connaissance fine de la région, bien supérieure à celle de la CIA.
Ce scénario
pourrait ouvrir la voie à une guerre courte et décisive, si Washington se
contente de soutenir la stratégie israélienne. Mais le spectre d’une opération
menée selon la doctrine du Pentagone évoque d’autres précédents : Irak,
Afghanistan, Libye... Les errements stratégiques du passé pourraient alors
transformer ce conflit en enlisement coûteux, tant sur le plan humain que
financier.
Contrairement à
certaines analyses, ce nouvel embrasement n’est pas, selon l’expert Pete
Hesgeth, un signal adressé à la Chine. Pékin, souvent perçue comme l’un des
grands perdants potentiels de la crise – du fait de la perte d’un allié et d’un
fournisseur de pétrole à bas prix –, a su diversifier ses sources
d’approvisionnement. Premier importateur mondial d’or noir, la Chine s’est
solidement positionnée sur les marchés énergétiques internationaux. Même si
l’Iran cessait de lui accorder des rabais post-conflit, la compétitivité
chinoise, appuyée sur des volumes d’achat colossaux, ne serait guère menacée.
Les deux issues
principales du conflit laissent entrevoir, paradoxalement, des perspectives
favorables pour Pékin :
- Dans l’hypothèse d’une guerre courte et victorieuse, la région pourrait connaître un nouvel essor, propice au commerce.
La Chine, incontournable sur le plan économique, resterait un partenaire
privilégié des exportateurs d’hydrocarbures comme des importateurs de
biens manufacturés, médicaments et autres produits issus de
« l’atelier du monde ».
- En cas de conflit long, les États-Unis risqueraient un
affaiblissement durable. La perturbation des flux pétroliers vers l’Asie
viserait surtout le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, pays peu enclins à
commercer avec la Russie. Cette crise accélérerait la transition mondiale
vers les véhicules électriques, atténuant la baisse de production des
industries pétrolières chinoises. Un statu quo maintiendrait la fragilité
américaine, tandis qu’une victoire ramènerait au scénario précédent, avec
des États-Unis encore plus fragilisés.
Au cœur de cette
crise, la Chine apparaît donc, non pas comme une victime collatérale, mais
comme un acteur capable de tirer parti de tous les scénarios envisageables.
Thursday, January 1, 2026
Sur la nature de l'Amérique, par Louis Casé
En tant que fervent lecteur de Mark Steyn et de Charles Gave, je suis moi-même un libéral assez critique des USA et surtout de leur Etat profond. Louis Casé va plus loin que ces deux auteurs dans son analyse systématique des origines et du système de cet Etat profond. Il y va très fort et ose se poser la question de l'influence juive dans la politique américaine sans tomber dans de l'antisémitisme (puisqu'il rejettera cette explication trop simpliste et complotiste). Au final, il montre que les coupables de la mauvaise gestion du monde par les Américains sont leur culture et l'influence disproportionnée des Boomers (à cause de leur poids démographique). Ce dernier point est aussi valable pour la France et l'UE, si bien que nous sommes aussi coupables d'avoir contracté ce virus transmis par l'idéologique et la culture US. Bref, même si l'Amérique est la cause du déclin de l'Occident (et peut-être de sa chute), Louis Casé n'en fait pas un bouc-émissaire, mais montre que l'Amérique finira par tomber comme ses vassaux (si rien ne change).
Un très bon exemple de la malveillance de la domination américaine provient de son système financier. Depuis 1971 et la fin de l'étalon-or, les USA ont le privilège de la monnaie de réserve et ils en abusent de plus en plus. Cela fonctionne ainsi: la dette publique US est à 36 trillions de USD. Elle 'coûte' 3 à 4% en taux d'intérêt annuel, mais comme la masse monétaire augmente de 7 à 8% par an, la moitié de cette augmentation peut servir à payer les intérêts de la dette dans une monnaie qui perd progressivement de sa valeur. Ce ne sont donc pas les USA qui supportent le coût de la dette, mais ses créanciers, les détenteurs d'obligations moitié internationaux (les banques centrales), moitié nationaux. Ainsi, la fraude du dollar devient aussi une affaire interne et l'Amérique n'est et ne sera pas épargnée par ses turpitudes. L'auteur n'en éprouve pas de Schadenfreude et pronostique une crise du système dans les 10 à 15 ans. C'est aussi le délai que donne Mark Steyn pour la transformation démographique de l'Europe de l'Ouest!
Etant assez ouvert et proche des idées de l'auteur, je ne sais pas si le livre arriverait à convaincre des gens venant de positions plus éloignées. Son style est celui d'un auteur contemporain jeune. On s'y fait. Mais je pense que le livre gagnerait s'il était plus court en évitant la répétition de certains arguments ou faits. Peut-être qu'une IA pourrait diviser le nombre de page par deux en éliminant les redondances...
Sinon, je trouve que Charles Gave est plus proche de la bonne explication concernant l'Euro. C'était une demande française, mais ce sont les Américains qui en ont plus bénéficié que les Allemands. Certes, les industries allemandes ont été favorisées au départ, mais elles ont fini par s'effondrer avec le renchérissement de son énergie (Energiewende et fin du gaz russe). C'est la Fed qui a pu éliminer un concurrent sérieux et indépendant. Mais c'est un point de détail.
Le passage sur Trump est très bon également. Louis Casé montre que son élection est une victoire sur l'Etat profond, mais que Trump ne changera pas grand chose au système américain, car il est un produit de sa génération, les Boomers, et croit aux mythes Américains. On voit d'ailleurs qu'il emprunte encore plus que Biden pour frauder encore plus avec le dollar. On est donc loin d'une prise de conscience et c'est surtout pour cela, d'après moi, que Louis Casé a pris le pseudo de Prophet of Doom sur X!.
Saturday, November 8, 2025
Les rentes dans la Joie de Vivre de Zola, la rentabilité du portefeuille de Brown selon Charles Gave et le Bitcoin
* 2,5%: 300 francs est ce que la famille Chanteau reçoit en plaçant les 12,000 francs qui restent de 50,000 francs du capital investi dans le commerce de bois de de Davoine
* 4%. Pour les 200,000 francs de capital de Pauline, Zola parle de rente de 8,000 francs.
* 5%. p.1209: 40000 = 2000 de rente
* 6%. 3,000 francs produits par les cinquante mille placés sur hypothèques.
* 10%. Ce sont les bénéfices espérés du commerce de bois de Davoine. Madame Chanteau compte gagner 5,000 francs par an avec son investissement de 50,000 francs. Ce ne sera pas le cas, puisque Davoine fera même faillite (voir plus haut).
En ce temps, la France passe d'un système monétaire basé sur l'argent et l'or à un système basé uniquement sur l'or (la valeur de l'argent baissait par rapport à l'or et cela rendait ce système à deux métaux instable). Cette période est donc caractérisée par une masse monétaire qui n'augmente que très peu au gré de la (faible) production de l'or. Il n'y a donc pas d'inflation, mais, au contraire, une petite déflation produite par la productivité de la révolution industrielle qui se met en marche (et qu'on voit à l'œuvre dans Germinal, le roman suivant de la saga des Rougon-Macquart).
Il est bon de rappeler que les taux d'intérêts rémunèrent deux choses:
1. Le prix du temps. C'est le prix qui équilibre le marché entre ceux qui veulent avoir tout de suite un argent qu'ils n'ont pas encore gagné et ceux qui leur prêtent cet argent et veulent donc bien remettre à plus tard l'emploi de cet argent.
2. Le prix du risque. C'est la prime que demande un investisseur quand il effectue un investissement dont la rentabilité est incertaine.
Chez Zola, la rente est généralement 4%.(Celle à 2,5% s'explique probablement par le fait que le capital est faible, ce qui occasionne plus de frais d'intermédiation.)
Il est intéressant de noter que Charles Gave, dans Cessez de vous faire avoir, fiche numéro 8, montre qu'un portefeuille de Brown obtient un rendement de 4% par an, après inflation, dans la plupart des pays (France, USA, Japon, Suisse, Chine!) Ce portefeuille de Brown est investi à parts égales en or, cash, obligations et actions. Cette diversification permet d'affronter les périodes de croissance ou de déclin et les périodes inflationnistes ou déflationnistes avec une volatilité réduite.
Ce taux de 4% après inflation chez Charles Gave ou sans inflation chez Zola semble donc être une constante non seulement internationale, mais aussi historique et correspondrait donc au prix du temps. C'est le rendement 'normal' pour ceux qui font l'effort de ne pas consommer immédiatement leur argent, mais l'investissent, c'est à dire s'en privent aujourd'hui pour en avoir plus dans le futur.
Or, traditionnellement, quand on cherchait une rente stable et sans risque, l'investisseur plaçait d'abord son argent en obligations d'Etat. Mais, depuis depuis de nombreuses années, nous constatons que le rendement des obligations couvre à peine l'inflation. Ainsi, en Europe, l'inflation est de 2% et les taux sont à 2%. Aux USA, la situation est un peu meilleure. L'inflation est de 3% et les taux sont à 4%. Au Japon, c'est catastrophique: l'inflation est de 2,9%, mais les taux sont à 0,5% seulement. Le moins mauvais rendement vient de Chine où l'inflation est de -0,3%.et les taux de 1,3%.
Nous sommes loin de 4% pour cet outil financier! Ces grands Etats se financent donc pour moins cher que le prix du temps. Cette situation est malsaine et ne peut pas durer. Certains investisseurs qui ont un portefeuille d'actif 'classique' 50% obligations et 50% actions se consolent de ce faible rendement des obligations par les performances exceptionnelles de la bourse américaine. Mais le niveau d'endettement est tel qu'une crise ne ferait pas forcément baisser les taux et les obligations perdraient leur rôle d'actif anti fragile. En effet, une crise obligerait les Etats à émettre encore plus de dettes pour continuer de payer les systèmes sociaux (la retraite surtout) quand les revenus fiscaux baisseraient.
La maigre rentabilité des obligations incitent donc les investisseurs à se tourner vers d'autres actifs. Il y a d'abord la valeur refuge traditionnelle, l'or et ses records récents montrent que qu'à défaut d'obtenir un rendement de 4%, les banques centrales qui achètent l'or, sont déjà heureuses de conserver la valeur (1 gr d'or aujourd'hui = 1 gr d'or demain). Son prix, lui a tendance à augmenter par l'effet de la rareté du métal jaune (comparée à l'abondance de la masse monétaire. Le Bitcoin est un actif similaire à l'or, dont la rareté est encore plus radicale, car il existe un nombre fini de Bitcoin (environ 21 millions) et son minage demande de plus en plus de calculs, donc d'énergie. Un autre phénomène pousse à l'augmentation du prix du Bitcoin, l'adoption. Ses acheteurs sont de plus en plus nombreux. Aux USA, l'administration républicaine non seulement ne combat plus le Bitcoin comme le faisaient les précédentes administrations, mais entend bien que les USA soient à la pointe de la finance utilisant Bitcoin et d'autres crypto. La création d'ETF Bitcoin au printemps fut un pas de plus dans l'adoption du Bitcoin par Wall Street. Or, la capitalisation totale de Bitcoin n'est que de 2000 milliards de dollars au prix de 100.000 USD par Bitcoin (et 19,92 millions de Bitcoin minés pour l'instant).
Même si 1 Bitcoin aujourd'hui = 1 Bitcoin demain, le coût du minage n'ira qu'en augmentant. Actuellement, ce minage coûte au moins 50000 USD dans des pays où l'énergie est bon marché. Cela peut monter à 85000 USD en Europe où l'énergie est plus chère. Bref, le prix du Bitcoin (102 K USD au moment de l'écriture de cet article) n'est pas si éloigné de son coût. Son potentiel de baisse semble donc limité, mais son potentiel de hausse à l'avenir est très fort.
Thursday, October 16, 2025
La France est madame Bovary
Tout réussit à une France qui a alors 40 ans d'avance sur la Chine. Mais quand l'économie se grippe avec la crise du pétrole, la France refuse de faire face à la réalité. Les boulots simples sont dorénavant ceux des immigrés d'Afrique du Nord, même si le chômage des Français explose. Notre France/Emma a pris des habitudes de nantis. Elle a des goûts de luxe et défend ses droits acquis. La comparaison avec son mari allemand l'excède. Elle succombe aux charmes d'un séducteur après l'autre. Le premier s'appelle Mitterrand. Il lui promet une retraite à 60 ans. Le second, Jospin, réduit le travail à 35 heures. Mais le plus joli coup d'Emma, c'est la procuration du notaire qui lui donne l'accès aux biens de son mari (le mark). Désormais, la France va pouvoir faire des dettes encore plus monstrueuses pour se financer un niveau de vie supérieur à la réalité économique. Sans l'Euro, la France n'aurait pas pu trouver tant de preneurs pour ses obligations. Sans la procuration, Emma n'aurait pas pu s'endetter au point de détruire l'avenir de son enfant, privée d'une bonne éducation, car tout fut englouti par ses nuits de débauche avec ses amants.
Le jour où la faillite arriva, le notaire (du Qatar) lui proposa de se prostituer pour obtenir un délai. C'est là que notre histoire varie. Flaubert n'a pas laisser tomber Emma si bas et l'a fait préférer le suicide. Avec Villepin, Sarkozy et Macron, nos Emma du XXIe siècle ne nous épargnent pas le tapinage le plus immonde accompagné d'un lèche-babouche qui islamise la France. Ainsi, si le suicide financier se fait attendre, le meurtre par Grand Remplacement est de plus en plus réel.
Tuesday, September 23, 2025
L'Occident succombe à des politiques du raccourci
Introduction
Avec la
sécularisation, de nombreux pays européens ainsi que les États-Unis et le
Canada ont progressivement adopté une vision du temps plus limitée. Au lieu de
se projeter sur 20 ou 30 ans, la réflexion collective se concentre désormais
sur l’horizon de la prochaine échéance électorale, des résultats financiers
trimestriels ou des vacances à venir. Cette approche favorise la recherche de
solutions rapides au détriment d’efforts de fond, dont les bénéfices ne se
manifestent qu’à long terme, comme par exemple l’éducation des enfants.
Les raccourcis politiques :
exemples de la gauche
La gauche, tout
comme la droite, recherche souvent des solutions immédiates. Voici
quelques exemples illustrant cette tendance :
·
Démographie
et immigration : Plutôt que de soutenir la natalité nationale par des
politiques visant à améliorer la place des mères dans la société, la gauche
privilégie l’immigration de jeunes issus du Tiers-Monde.
·
Économie
et redistribution : Au lieu de créer de meilleures conditions économiques et
d’augmenter la productivité pour relever le niveau de vie des plus pauvres, la
gauche propose des mesures telles que la taxe Zucman. Celle-ci redistribue
l’argent des riches, réduisant instantanément les inégalités en appauvrissant
les milliardaires. Cependant, les effets à long terme, tels que l’expatriation
des entrepreneurs ou l’optimisation fiscale, sont souvent négligés.
·
Politique
énergétique : Plutôt que de construire des centrales nucléaires, qui exigent 8
à 10 ans mais offrent une énergie bon marché, souveraine et décarbonée pendant
60 ans, la gauche privilégie les énergies solaire et éolienne, dont le
déploiement est plus rapide, notamment en raison des nombreuses contraintes
imposées au secteur nucléaire.
·
Emploi
et fonction publique : Pour réduire le chômage, la gauche a préféré augmenter
le nombre de fonctionnaires au lieu de maintenir un salaire minimum bas et
favoriser la croissance.
·
Système
des retraites : Au lieu de réformer le système des retraites, la gauche et le
centre ont choisi de les financer par la dette, peu coûteuse lorsque les taux
d’intérêt étaient bas. Ainsi, près de la moitié des 1000 milliards de dette
sous Macron ont été consacrés aux retraités.
Les raccourcis politiques :
exemples de la droite
La droite n’est
pas en reste dans la quête de solutions à court terme. Donald Trump en
offre plusieurs exemples :
1.
Tarifs
douaniers : Trump utilise les droits de douane pour contraindre les entreprises
étrangères à investir aux États-Unis, sous peine d’être exclues du marché
américain. Si cette méthode produit des résultats rapides, elle ne résout pas
les problèmes structurels : manque de techniciens qualifiés,
infrastructures vieillissantes, production d’électricité stagnante,
réglementation abondante et dépendance aux terres rares chinoises.
2.
Déficit
budgétaire : Plutôt que de réduire le déficit fédéral en diminuant les dépenses
de défense ou les aides aux plus de 65 ans, Trump a obtenu une baisse des taux
d’intérêt de la Fed pour alléger le coût de la dette. Cette stratégie a
toutefois entretenu une inflation élevée, menaçant le niveau de vie des
Américains, et l’injection rapide de liquidités dans le système financier a
créé une illusion de richesse.
3.
Technologies
et éducation : Au-delà de Trump, les efforts de la Silicon Valley pour
atteindre la super-intelligence en Intelligence Artificielle apparaissent comme
un raccourci pour pallier les faiblesses du système éducatif américain.
Le modèle chinois : une
vision à long terme
La Chine se
distingue par une stratégie à long terme : elle a investi massivement dans
l’éducation de sa jeunesse, ainsi que dans les infrastructures et la production
d’électricité. Bien que la méthode chinoise comporte des excès, elle démontre
qu’à l’instar de la fable du lièvre et de la tortue, ce sont les efforts
continus et soutenus qui finissent par porter leurs fruits.
Conclusion
La tendance à
privilégier les raccourcis et les solutions immédiates, que ce soit à gauche ou
à droite, semble s’accentuer dans les sociétés occidentales. Pourtant,
l’exemple chinois rappelle l’importance de la vision à long terme : ce
sont les politiques patientes et structurées qui permettent des progrès
durables et significatifs.
Thursday, September 11, 2025
Ce qu'on ne voit pas dans la retraite par spoliation
Thursday, June 26, 2025
Changement de paradigme dans l'économie de la connaissance
L'avenir est à la paix car le moteur de l'économie est dorénavant la connaissance. Celle-ci se partage plus facilement que les produits agricoles, la terre ou les produits manufacturés. Dans le passé, les enjeux entre puissances étaient des jeux à somme nulle, voire négative quand la guerre détruisait une partie de chaque armée. En effet, longtemps les royaumes ont voulu s'étendre pour contrôler plus de terres et donc plus de production agricole afin de nourrir leur population et la faire croître. Les terrains n'ont qu'un seul propriétaire. Si c'est à vous, vous gagnez. Si c'est à l'autre, vous perdez. Pareil pour l'or, le pétrole, les usines, l'immobilier en ville... Ce sont des choses physiques et rares. Les posséder vous rend riche et ne pas les avoir fait de vous un pauvre. Le grand changement de paradigme de l'économie de la connaissance, c'est que cette dernière se partage à l'infini sans appauvrir son propriétaire de départ, si celui-ci a pu en profiter pendant un certain temps.
Les films et les livres sont des exemples de produits de l'économie de la connaissance. Ils appartiennent à leur créateur du temps de leur vie, et tombent dans le domaine public quelques années après leur mort. Les programmes informatiques et les jeux numériques sont également des produits de la connaissance qu'on peut reproduire de manière infinie presque gratuitement.
Mais ce dont on ne se rend pas compte, c'est que de plus en plus de produits physiques contiennent une grande part de recherche et développement (R&D). Les téléphones portables ne valent pas grand-chose en termes de matériaux physiques: plastique, silicone (sable), le lithium des batteries, de l'aluminium pour la coque et quelques grammes de métaux précieux pour les circuits. La valeur provient de tout l'ingénierie qu'il a fallu pour miniaturiser, optimiser la fabrication, et concevoir un système d'exploitation ouvert à une infinie variété d'applications. L'objet central, le microprocesseur, demande des investissements de plus en plus faramineux pour pouvoir être fabriqué de plus en plus petit, ce qui le rend plus économe en énergie et plus rapide. Ainsi, pour son process de 2nm, TSMC va devoir dépenser 725 millions rien qu'en design et développement!
Mais on trouve une grande part de R&D dans l'aéronautique, les médicaments, les voitures, les drones..., même dans les nouvelles variétés de riz ou de blé!
Et la nouveauté pour ces produits est que la coopération et la mondialisation permettent d'obtenir des économies d'échelle d'autant plus fortes que plus de monde achète ces produits. Puisque les coûts de R&D sont des coûts fixes, plus le nombre de clients est élevé, plus ces coûts seront rapidement amortis. Ainsi, quand la Chine a joint l'OMC en 2000, elle n'a pas seulement fait baisser les prix de nombreux produits en les manufacturant sur place avec de la main d'œuvre bon marché, elle a également permis de rentabiliser la R&D occidentale plus rapidement en achetant des produits high tech conçus à Silicon Valley, en Allemagne ou en France. La baisse mondiale de la pauvreté augmente encore plus le nombre de clients potentiels et permet encore plus d'économies d'échelle. Nous sommes dans un cycle vertueux..
Jensen Huang a très bien compris l'enjeu dans la compétition pour les systèmes informatiques qui permettent l'IA. Si NVIDIA ne peut vendre ses produits en Chine, cette perte de chiffre d'affaires est aussi une perte de ressources pour financer la R&D de sa firme. Cette interdiction va favoriser son concurrent Huawei et lui donner une source de financement pour rattraper son retard.
Dans l'économie de la connaissance, les effets de réseau permettent de partager les coûts de R&D par un grand nombre d'utilisateurs. C'est pourquoi, il est souvent pertinent d'attirer les clients par des prix bas au départ afin d'en attirer le plus possible. Une fois que le client est membre d'un réseau (Windows pour les PC, ou Android pour les portables, ou CUDA pour l'IA de NVIDIA, ou Amazon pour la vente en ligne, ou PayPal pour les paiements internationaux...) il est très difficile de le faire changer. Cette stratégie gagnante de prix bas permet elle aussi de mieux partager les bénéfices de l'innovation entre le producteur et les consommateurs.
L'économie de la connaissance associé à la mondialisation, donc aux économies d'échelle, permettent aux industries technologiques d'innover à une rapidité fulgurante. Les progrès des IA depuis la sortie de la première version de Chat GPT en sont l'exemple le plus flagrant. Soyons confiants que cette nouvelle économie est fondée sur des bases pacifiques et encourageons la coopération et la concurrence, mais décourageons l'autarcie, le repli ou la guerre économique.
Tuesday, May 27, 2025
Je vois Satan tomber comme l'éclair, de René Girard
Ce livre résume très bien la pensée de René Girard. Il est plus court que 'La Violence et le Sacré' et 'Des Choses cachées depuis la fondation du monde', mais plus complet que Le Bouc Emissaire, trois livres qui le précèdent. Le plus ardu est Des Choses cachées (à tel point que je l'ai relu, car j'avais commencé par lui, alors qu'il aurait été préférable de lire 'La Violence et le Sacré' en premier. Cela explique pourquoi je n'ai pas encore résumé et analysé les livres de Girard, bien que je trouve ses thèses fondamentales pour comprendre les sociétés humaines et l'actualité politique.
Le cœur de la pensée de Girard est que la bible est une formidable avancée anthropologique sur laquelle continue de se construire le monde occidental et la mondialisation moderne et rationnelle. Pour lui, la religion judéo-chrétienne est radicalement différente des mythes et des religions primitives. Et le message biblique révèle cette différence. Mais les penseurs des Lumières et les ethnologues du siècle dernier ne la voient pas. Pour eux, il faut mettre toutes les religions dans le même sac obscurantiste. Ils ne voient pas ce qui saute aux yeux de Girard et ce qu'il essaie de montrer au lecteur: l'immense progrès de l'ancien et du nouveau testament par rapport à ce qui précédait.
Ainsi, dans le chapitre 1, Girard montre que l'ancien testament a une très bonne connaissance des ressorts de la violence. Les commandements numéro 6, 7, 8 et 9 sont brefs et interdisent les violences les plus graves dans l'ordre de gravité: le meurtre, l'adultère, le vol, le faux témoignage. Le dernier commandement n'interdit pas une action, mais un désir ("Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, rien de ce qui est à lui.")
Ce dernier commandement permet de comprendre comment chacun peut échapper à la violence des 4 commandements précédents: en ne désirant pas ce qui appartient à autrui. Ainsi, on n'a pas de raison de le voler, de le tromper avec sa femme, de dire du mal de lui et de le tuer.
Le désir mimétique est le point de départ de la rivalité et de la violence, selon Girard. Mais le désir mimétique n'est pas mauvais en soi. Il est aussi à la base de tout apprentissage. Apprendre, c'est d'abord imiter un maitre. Et le désir mimétique peut mener au bien si l'on imite un modèle vertueux. Ainsi, Jésus parle souvent de son désir à lui d'imiter Dieu le Père et il nous invite à l'imiter dans ce désir d'être bonté et amour! C'est le seul désir qui ne conduit pas à la violence puisque ce mimétisme produit bonté et amour.
Jésus nous met en garde contre les "scandales". Girard voit dans ce mot le phénomène de la rivalité mimétique. En effet, le scandale n'est pas un obstacle ordinaire qu'on évite sans peine. Plus le scandale nous repousse, plus il nous attire. C'est le désir.
Dans le chapitre 2, sur le cycle de la violence mimétique, Girard montre que la contagion mimétique est présente à plusieurs fois dans la Passion. D'abord, il y a l'entrée de Jésus dans Jérusalem sous les acclamations de la foule. Cette anecdote nous montre que la foule est sujette aux changements d'humeur et peut passer rapidement de l'amour à la haine, puisque c'est cette même foule qui condamnera Jésus à mort une semaine plus tard..
Mais même le plus fidèle de ses apôtres, Pierre, n'échappe pas à la contagion mimétique de cette foule. Dans Marc 14:29-30 "Pierre lui dit: Quand tous seraient scandalisés, je ne serai pas scandalisé. Et Jésus lui dit : Je te le dis en vérité, toi, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois."
Ce passage montre que 'scandalisé' peut être compris comme être habité, voire possédé, par le désir mimétique.
Pilate voulait gracier Jésus, mais il va plier devant la foule et lui donner ce qu'elle demande, probablement de peur de subir à son tour sa colère. La crucifixion de Jésus est ce qui permet à cette foule scandalisée par un emballement mimétique d'apaiser sa colère. La foule est le terrain propice des rivalités mimétiques, car dans une foule, les gens perdent leur personnalité, leur différences. Chaque personne est le double de l'autre et est un potentiel rival mimétique comme le sont de nombreux frères (Abel et Cain) ou jumeaux (Romulus et Rémus). Il y a risque d'affrontement de tous contre tous, de violence généralisée. Pour éviter pareil carnage, la haine doit se cristalliser sur une victime unique, un peu en marge du groupe et vulnérable.
La mort de Jean Baptiste suit les mêmes étapes du cycle mimétique. Hérodiade utilise la danse de sa fille pour mobiliser la foule des invités afin que tous se rallient au désir mimétique de sa fille. Elle réclame ce que veut sa mère, la tête de Jean Baptiste sur un plateau. Hérode ne voulait pas le tuer, mais, comme Pilate, il n'est pas de taille pour lutter contre le désir de la foule.
Ces deux morts dans les évangiles relèvent de la même mécanique anthropologique: une foule en désordre, en colère qu'il faut calmer, provisoirement, par la mise à mort d'une victime.
Dans le chapitre 3, Girard nous montre que Satan peut être compris comme la personnification du mécanisme de violence mimétique. D'abord, Satan est le séducteur, celui qui fait succomber les hommes à un désir interdit (la pomme d'Adam...), un désir mimétique de ce qui est à autrui. Cela va mettre en marche le mécanisme de violence. Puis, 'Satan va expulser Satan'. Quand tous sont possédés par la même violence et haine, Satan va être l'accusateur et désigner la victime innocente, dans le cas de Jésus l'agneau de dieu, expression encore plus pure que celle de bouc émissaire! C'est ainsi que Satan met fin à la violence, en mettant la culpabilité sur une victime unique.
Dans Jean 8:44, Jésus dit "Vous avez pour père le diable, et voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère des mensonges, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge."
Jean utilise 'diable' au lieu de 'Satan' et cela cadre tout à fait avec l'explication du mécanisme de violence mimétique de Girard. Le meurtre est la fondation de chaque société et dans ce meurtre, il y a toujours un mensonge quant à la victime.
La seconde partie du livre (l'énigme des mythes résolue) commence avec le chapitre 4, L'horrible miracle d'Appllonius de Tyane. Girard nous relate le récit de ce miracle tel que nous l'a transmis Philostrate. Une épidémie faisait rage à Ephèse, alors Apollonius conduisit le peuple dans un théâtre et le disposa en cercle autour d'un mendiant aveugle et répugnant. Il dit au peuple de ramasser des pierres pour les jeter sur cet ennemi des dieux. Le mendiant protestait de son innocence, demandait pitié, et les Ephésiens étaient d'abord réticents. Apollonius les exhorta à jeter les pierres si bien que quand les premières pierres partirent, de plus en plus de gens en lancèrent. La foule vit les yeux du mendiant cligner, pleins de feu. Elle reconnut alors un démon et la lapidation fut totale. A la fin, Apollonius demanda d'enlever les pierres pour voir à quelle bête on eut à faire. Le tas de chair ressemblait à un chien enragé. On dressa alors une statue du dieu protecteur Hérakles à cet endroit, et cela mit fin à l'épidémie.
Cet épisode est digne d'un mythe antique. Or, il eut lieu au second siècle après Jésus Christ. Ce fut un essai pour faire revenir le paganisme. Girard montre que ce récit est conforme au mécanisme de la violence critiqué dans la bible. Il rappelle aussi la tentative de lapidation de la femme adultère. Jésus l'empêcha en disant "Que celui qui n'a pas péché jette la première pierre." Sans première pierre, la contagion mimétique n'a pas lieu.
Dans le chapitre 5, mythologie, Girard montre que tous les mythes ont une structure similaire. Au départ, il y a toujours une crise, un désordre. Il peut être causé par une rivalité ou par une maladie, une catastrophe naturelle (inondation, feu, tempête, famine...) Cette crise s'achève par le lynchage d'une victime. En ramenant l'harmonie, cette mort démontre le caractère exceptionnel, divin de la victime et il s'agira de la vénérer régulièrement pour éviter la répétition de la crise. Girard a cette formule: "Les peuples n'inventent pas leurs dieux, ils divinisent leurs victimes." Pour lui, derrière chaque mythe antique se cache une vraie histoire de crise mimétique résolue par un meurtre.
Dans le chapitre 6, Sacrifice, Girard montre que les rituels des religions archaïques sont une reconstitution de la crise initiale. La foule est présente, souvent elle est en transe, excitée et le sacrificateur a la responsabilité d'accomplir le sacrifice (autrefois humain, puis animal et maintenant symbolique) pour éviter la violence généralisée de la foule.
Le chapitre 7 est consacré au meurtre fondateur, celui d'Abel par son frère Cain. Or, dans la Passion, Luc y fait référence et précise les meurtres de tous le prophètes depuis la fondation du monde, depuis Abel le Juste.
Dans le chapitre 8, les puissances et les principautés, Girard montre que les royaumes de l'antiquité reposent bien sur des meurtres fondateurs et que le souverain est celui qui pacifie la société en observant les rituels.
La troisième partie est le triomphe de la Croix. Le chapitre 9 parle de la singularité de la Bible. Dès la Bible hébraïque, nous avons une différence de taille entre ses récits de persécution et les mythes. Ainsi, dans l'histoire de Joseph, jeté dans une citerne par ses frères et vendu comme esclave, par exemple, Joseph est une victime innocente de la jalousie de ses frères. Jamais le récit ne dit qu'ils avaient raison de le maltraiter. Le récit reste basé sur la vérité et la victime ne se transforme pas en divinité. Joseph résiste même à la possibilité de se venger de ses frères. Il leur pardonne quand l'un d'entre eux se propose de propose de prendre la place de Benjamin. Girard montre qu'il y a encore d'autres histoires similaires dans l'ancien testament et la tradition talmudique. Les bourreaux et les victimes sont toujours clairement identifiés.
Dans le chapitre 10, la singularité des évangiles, Girard montre que l'acquis du judaisme est préservé: Jésus est innocent et les coupables sont ceux qui le crucifient. Mais sa divinisation n'est-elle pas un retour au mythe païen? Girard montre que les différences sont fondamentales entre les divinisations païennes et celle de Jésus. Ceux qui voient en Jésus une divinité n'ont pas d'abord vu en lui un démon qu'il fallait tuer. Ce n'est pas la foule qui divinise Jésus, mais son cercle d'apôtres et quelques femmes. Pour ces personnes, il a toujours été innocent. Sa Résurréction est une subversion des mythes dont elle révèle le mensonge.
Le chapitre 11, triomphe de la croix, est le triomphe de la vérité: la victime sur la croix est innocente et les mythes sont des mensonges. Le mécanisme de l'emballement mimétique qui se conclut par la mort d'un bouc émissaire devient une connaissance anthropologique pour les Juifs et les Chrétiens.
Le chapitre 12, bouc émissaire, montre l'influence du judaïsme et du christianisme sur notre monde. Il permet d'identifier les phénomènes victimaires. Le concept de 'bouc émissaire' est entré dans le langage courant et la connaissance du monde moderne. La perspicacité au sujet du phénomène de bouc émissaire est une avancée extraordinaire par rapport aux civilisations passées.
Le chapitre 13, le souci des victimes, est l'apanage du christianisme et c'est en cela que l'humanisme en découle. Mais Girard note que ce "souci des victimes est devenu un enjeu paradoxal des rivalités mimétiques, ses surenchères concurrentielles. Il y a les victimes en général, mais les plus intéressantes sont celles qui nous permettent de condamner nos voisins. Et ceux-ci nous rendent la pareille. Ils pensent surtout aux victimes dont ils nous tiennent pour responsables."
Girard observe que notre société a aboli l'esclavage, puis le servage. Plus tard, il y eut la protection de l'enfance, celle des femmes, des vieillards, des étrangers, des minorités, des handicapés... "Notre monde n'a pas inventé la compassion, mais il l'a universalisée."
Le chapitre 14, le double héritage nietzschéen, est l'occasion de voir les désastres de nos sociétés. Le génocide des juifs sous Hitler est l'une des plus grandes fautes de l'occident post chrétien. Or, pour Girard, cette faute ne fut pas la conséquence du souci des victimes, de l'avènement du christianisme, mais elle eut lieu malgré lui. En effet, les nazis en guerre cachèrent le holocauste à leur population.
Pour Girard, Nietzsche est le premier à remarquer qu'il n'y a pas de différence quant au martyre entre Dionysos et Jésus. Mais tandis que Dionysos approuve et organise le lynchage de la victime unique, Jésus et les Evangiles le désapprouvent. Pour Nietzsche, c'est une faiblesse, c'est la 'morale des esclaves'. Ce manque de compassion pour le faible est si monstrueux que cette pensée conduisit le philosophe à la folie selon Girard.
Il trouve que si les élites sont souvent anti chrétiennes, le souci des victimes montre que nous sommes plutôt dans une période ultra-chrétienne qui radicalise le souci des victimes au-delà du message biblique. "Pour triompher à nouveau, Satan dans notre monde emprunte le langage des victimes." Il imite le Christ et se flatte d'apporter la paix et la tolérance. "En réalité, ce que la radicalisation de la victimologie contemporaine apporte, c'est un retour effectif à toutes sortes d'habitudes païennes, l'avortement, l'euthanasie, l'indifférenciation sexuelle, les jeux du cirque à gogo, mais sans victimes réelles".
Dans sa conclusion, Girard résume sa thèse anthropologique et religieuse, mais insiste sur le fait qu'elle ne doit rien au ssurnaturel. On doit pouvoir croire sa thèse vraie qu'on soit chrétien ou non. Mais la bible est ce qui a fait apparaitre cette connaissance du mécanisme anthropologique de la crise mimétique. La Passion ressemble aux mythes, mais sa différence fondamentale est l'innocence de la victime.
Mon blog est avant tout politique et concerne la meilleure manière de vivre en société. De la thèse de Girard, on peut conclure que l'envie, le désir mimétique, est ce qui fait courir le plus grand risque à la société. Les politiques basées sur l'envie sont donc non seulement méprisables, mais dangereuses. L'impôt, la taxation est une traduction politique de l'envie, puisqu'il s'agit souvent de prendre à ceux qui ont (ce que la majorité, nombreuse, n'a pas et désire). Voici une première raison de justifier moralement le libéralisme qui protège la propriété privée de chacun.
Ce qui caractérise la gauche, comme le montre Antoine Dresse, c'est la recherche de l'égalité de tous. Selon l'idéologie marxiste, fort répandue dans les médias, les inégalités sont sources de tensions sociales et de violence. Or, Girard nous montre le contraire. Les déchainements de violence se produisent entre les rivaux indifférenciés, souvent des frères, voire même des jumeaux (Cain et Able, Romulus et Rémus). Girard cite aussi des coutumes africaines qui mettent en lumière les risques de rivalités entre jumeaux. En effet, plus on se ressemble, plus on est susceptible d'avoir le même désir mimétique que l'autre. Et l'autre lieu de contagion mimétique, c'est la foule (celle des lynchages, des lapidations). Or, une foule, ce sont des hommes indifférenciés qui sont tous mus par le même désir! Ainsi, la recherche d'égalité et donc d'indifférenciation a pour conséquence de créer les conditions d'un désir mimétique commun qui se transformera en violence. L'égalité a donc tendance à mener à la violence au lieu de mener à la paix et la fraternité. Elle implique des rituels d'institutions puissantes pour empêcher la reproduction de la violence (à l'origine ces institutions). Lorsque nos désirs sont très différents les uns des autres, car non n'avons pas les mêmes aspirations, les mêmes facultés, les mêmes expériences... la violence est moindre. Voilà une deuxième raison morale de rejeter la gauche.
Le souci des victimes est une attitude chrétienne qu'il faut donc défendre. Girard, le premier, remarque que ce souci a été perverti par la gauche. Il s'agit donc de faire le tri entre les vraies et les fausses victimes. Dans cette catégorie de fausse victime, on peut mettre le migrant adulte, puisqu'il ment sur son âge, enfreint nos frontières et nos lois. Les enfants, eux, sont les premières victimes innocentes et fragiles de l'immigration de masse. Je pense aux filles violées par des Pakistanais à Rotherham, à la petite Lola, à tous ces jeunes gens agressés ou tués au couteau par des musulmans. Or, si le message du Christ est de tendre l'autre joue, il ne dit pas qu'il faut livrer nos enfants aux violeurs et les mettre en contact avec des gens violents et haineux. Pour éviter l'envie qui mène à la violence, la prière du Notre Père fait cette demande "Ne nous soumets pas à la tentation." Comment faire pour ne pas soumettre des gens au taux de criminalité plus élevé à la tentation? Je ne vois que deux solutions. Premièrement, il faut limiter leur entrée sur notre territoire et les expulser s'ils viennent illégalement. Deuxièmement, c'est de les emprisonner s'ls ont commis un crime afin de les mettre à l'écart de la société et les punir. Aucune de ces deux mesures n'en fait des victimes.
Le retour au pays ne saurait être considéré comme une punition. Ces 50 dernières années ont montré que la pauvreté pouvait reculer partout dans le monde si les dirigeants choisissent la voie de la paix et des échanges internationaux. On aide ces pays en permettant à leur jeunesse et à leurs élites de rester développer leurs institutions et entreprises au lieu de les attirer pour nous servir de main d'œuvre bon marché. Quant à la prison pour les crimes, c'est la même loi pour nos compatriotes! Même un père va punir son enfant qu'il aime afin qu'il apprenne à bien se conduire.
Si nous ne voulons pas plus d'étrangers musulmans, ce n'est pas parce que nous voyons dans cette population un bouc émissaire à certains problèmes sociaux, politiques ou économiques. Sans immigration de masse, comme au Japon, nous aurions encore les problèmes du vieillissement de la population, de la dénatalité, d'un système démocratique favorisant les retraités, un endettement financier insoutenable, trop de lois et d'impôts... L'immigration de masse n'est qu'un problème parmi d'autres, mais c'est aussi celui où l'on a le plus grand consensus dans la population et où l'Etat semble le plus contrevenir à la volonté populaire. Le pouvoir se prend pour Ponce Pilate qui résisterait au sacrifice des immigrés innocents. Or, le peuple ne demande pas la tête d'innocents, mais le départ des illégaux, des criminels et de tous ceux qui n'acceptent pas l'esprit postchrétien non violent de notre société. Le meilleur moyen de se faire entendre est de dire que ces mesures de remigration sont des mesures de protection pour nos enfants que nous aimons, pas de la haine pour ces gens dont la culture et les mœurs ne sont pas compatibles avec les nôtres. D'ailleurs, nous souhaitons qu'ils vivent heureux et prospères dans leurs pays d'origine dont les institutions sont taillées sur leur culture. Ou bien qu'ils aillent à Dubaï ou au Qatar, des pays musulmans dynamiques où ils se sentiront à l'aise! Pour boucler la boucle, nous ne sommes pas envieux, mais nous réjouissons de voir le bonheur d'autrui!
Dernière remarque supplémentaire: La justification pour tuer la victime innocente dans la crise mimétique est qu'il vaut mieux qu'une seule personne meurt, plutôt que toute la société. Notons que pour faire passer le crime d'un innocent, on l'enrobe dans une bonne intention: sauver toute la société! Cela fait penser à l'adage populaire que "l'enfer est pavé de bonnes intentions". Derrière les bonnes intentions de la gauche (sauver la planète ou le prolétariat), on trouve souvent des victimes innocentes (les agriculteurs, les enfants, les entrepreneurs...) Il faut savoir reconnaitre ce genre de mécanisme dans la société moderne et dans l'idéologie de gauche qui voudrait nous ramener à la violence païenne.
Thursday, April 24, 2025
Entre China béat et China bashing
La guerre commerciale de Trump contre le reste du monde et la Chine en particulier sont l'occasion de voir de nombreux commentaires extrêmes sur la Chine. Sur X, on trouvera des voix pour vous expliquer que la Chine a déjà gagné, qu'elle est en passe de dépasser les USA, que rien ne peut plus arrêter son industrie... Ce sont les béats de la Chine. Ils voient dans la Chine le champion des pays du Sud qui leur donnera leur revanche et leur permettra de se libérer des chaines post-coloniales des pays occidentaux. Dans le camp de China bashing, on a quelques voix (comme Gordon Chang) qui annonce l'effondrement prochain de la Chine (depuis 2001 en ce qui concerne M. Chang), mais on a aussi ceux qui, comme les béats, agitent le miroir d'une Chine puissante, mais pour nous effrayer en pronostiquant une domination mondiale de la Chine si nous continuons de commercer avec elle. Le plus étonnant, c'est d'entendre des libéraux comme Denis Payre dire qu'une Chine qui subventionne ses industries va détruire nos entreprises. Or s'il suffisait de subventionner, la France aurait encore une industrie métallurgique ou d'électro-ménager! C'est vraiment incroyable d'entendre un libéral se renier à ce point et de concéder que le modèle étatiste de la Chine lui procurerait un avantage concurrentiel.
Sur BFM TV, M. Payre clame aussi que la Chine n'aurait pas tenu les engagements qu'elle pris pour entrer dans l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2001. Ils sont au nombre de 5:
1. Accès aux marchés : La Chine a accepté de réduire les droits de douane et d’éliminer les obstacles non tarifaires sur les biens et les services, ce qui permettra aux entreprises étrangères d’avoir un meilleur accès à ses marchés. En effet, les tarifs douaniers ont baissé de 15,3% en 2001 à 2,3% en 2024. Le nombre de secteurs protégés continue aussi de baisser.
2. Transparence : Elle s’est engagée à rendre ses lois et réglementations liées au commerce plus transparentes et plus prévisibles. Elle a notamment inscrit le droit à la propriété privée dans sa constitution en 2004 (sauf pour le foncier).
3. Droits de propriété intellectuelle : La Chine s’est engagée à protéger les droits de propriété intellectuelle conformément aux accords de l’OMC. C'est dans ce domaine qu'elle a fait le plus de progrès, à mes yeux. En effet, la Chine n'est plus un pays qui copie, mais il sait aussi innover dans des nouvelles technologies (5G, VE, batteries...)
4. Entreprises d’État : L'Etat chinois a promis de réduire l’influence du gouvernement sur les entreprises d’État et de s’assurer qu’elles fonctionnent à des conditions commerciales. La Chine a réformé la plupart des entreprises de son ère communiste, pré-OMC. Elle a surtout gardé le contrôle sur l'acier et l'aluminium, deux secteurs fondamentaux pour la construction immobilière et les grands travaux d'infrastructures.
5. Subventions et notifications : La Chine a accepté de se conformer aux règles de l’OMC sur les subventions et de fournir des notifications à ce sujet. Mais si elle s'est récemment mise à subventionner le high-tech, elle le fait aussi en réponse à la décision des USA de lui imposer un embargo sur les microprocesseurs et les machines à produire des microprocesseurs. Quant aux subventions pour la photovoltaïque et les voitures électriques, elles font suite aux COP qui déclarent qu'il y a urgence climatique à sortir des énergies fossiles. La Chine n'a fait que mettre en action des décisions internationales. Dans ce cas précis, la Chine a fait avancer les technologies renouvelables, un secteur très subventionné partout dans le monde (car le pétrole reste abondant et peu cher). Si on considère que la lutte contre le changement climatique est prioritaire, on peut applaudir les subventions chinoises dans ces domaines. Et si, comme moi, on pense que l'adaptation au changement climatique est une meilleure stratégie que celle qui consiste à faire baisser les émissions de CO2, alors les subventions chinoises sont un investissement risqué si les subventions occidentales s'arrêtent ou si les consommateurs ne croient plus en l'urgence climatique.
Denis Payre accuse aussi la Chine d'avoir des standards sociaux et environnementaux bien inférieurs à ceux de l'Occident. Je veux bien lui donner raison, mais la situation évolue. En effet, dans the Skeptical Envrironmentalist, Bjorn Lomborg montre que les pays pauvres ont besoin d'atteindre un certain niveau de développement avant que la protection de l'environnement prenne de l'importance. C'est logique! Quand votre peuple meurt de faim ou qu'une grande partie est pauvre, alors la protection des salariés et de l'environnement n'est pas votre priorité. Notons aussi que le consommateur occidental a profité, par des prix bas, du fait que la Chine avait un seuil de tolérance plus élevé pour la pollution.
Mais cela change. Depuis 2013, l'air de Beijing est devenu plus propre (baisse de 40-50% en Chine des concentrations de particules fines entre 2013 et 2021.) La part du charbon dans la production d'électricité baisse (de 72% en 2005 à 56% en 2022) et les centrales les plus polluantes ont été fermées ou améliorées. Le traitement de l'eau en ville est passé de 52% en 2000 à 98% en 2022. Et les salaires chinois ont tellement progressé, surtout dans les villes côtières que les entreprises chinoises à basse valeur ajoutée, comme la chaussure, délocalisent depuis belle lurette au Vietnam et en Indonésie!
Le niveau de vie des Chinois a beaucoup progressé depuis 2001. Son PIB par habitant est passé de 1000 USD à 13000 USD. Pendant ce temps, le PIB des Américains a progressé de 50 K USD et celui des Français de 25 K USD. C'est bien la preuve que l'accession de la Chine au commerce mondial n'a pas appauvri l'Occident. Alors, certes, la protection sociale est moindre en Chine, mais est-ce un bug si on croit en la liberté et la responsabilité? Ou bien la protection sociale devrait-elle d'abord avoir lieu au sein de la famille? Or, on sait bien que le respect des parents est une valeur importante dans les sociétés confucéennes. N'est-ce pas plutôt notre système de protection social (CAF, Sécu et retraite par répartition) qui ont besoin de réforme? Je rappelle que les prélèvements obligatoires sont les plus hauts en France (45%) contre 25% aux USA et 20% en Chine!
En conclusion, la Chine est clairement encore dans une phase ascendante. La moitié des ingénieurs et scientifiques qui sortent des universités actuellement sont Chinois. Son marché intérieur avec 1,4 milliards d'habitants est immense. Mais 50% n'est pas 100% et il y a encore 7 autres milliards de gens sur terre. Son système méritocatique repose sur 1500 ans d'histoire (depuis la dynastie Sui (581-618)) et ce système a produit le meilleur et, parfois, le pire. La Chine semble embrasser les IA et la robotisation, mais elle n'est pas à l'abri de périodes de repli sur soi pour éviter des transformations trop rapides qui pourraient fragiliser le pouvoir du PCC. Sa domination du monde ne va donc pas de soi. Mais ce n'est pas en se coupant d'une Chine innovante et riche que nous pourrons continuer à nous développer. Ces dernières 25 années ont surtout montré qu'un pays qui tourne le dos au socialisme peut rattraper son retard. C'est surtout cette leçon que nous devrions apprendre de la Chine! Ensuite, il ne s'agit pas de laisser entrer tous les produits de Chine, mais de négocier une ouverture de nos marchés respectifs, et, cette fois-ci, peut-être faire des JV avec les Chinois dans les technologies où ils sont en avance.




