Friday, April 17, 2026

La concurrence de la Chine

Fondamentalement, je suis fermement opposé à la guerre entre les grandes puissances. Si de petits conflits peuvent parfois être un mal nécessaire face à des États voyous ou des organisations terroristes, il est impératif de prendre toutes les mesures possibles pour protéger les civils. Cependant, une guerre impliquant les grandes puissances escaladerait rapidement à des proportions catastrophiques et dévasterait le monde. Par exemple, lors de la Première Guerre mondiale, les soldats sont morts à une échelle industrielle, avec plus d’un million de victimes (morts, blessés ou disparus) dès le premier mois du conflit. Si une Troisième Guerre mondiale devait éclater, nous pourrions atteindre ce niveau de destruction en quelques jours. Une guerre entre les États-Unis et la Chine ou la Russie serait une Destruction Mutuelle Assurée (MAD), et de telles idées ne devraient même pas entrer dans le débat sérieux, tant elles sont imprudentes.

Cela étant dit, il est important de reconnaître que la rivalité et la compétition entre grandes puissances, tout comme entre nations plus petites, sont des éléments naturels des relations internationales. En tant qu’Alsacien, né au cœur de l’Europe, je soutiens naturellement ma région natale. Mes études aux États-Unis m’ont permis d’apprécier la mentalité pragmatique et optimiste des Américains, ce fameux « can do », et après trente ans de vie à Taïwan, j’ai également une vision positive du potentiel asiatique. Mon point de vue sur la rivalité géopolitique et économique s’est progressivement neutralisé, surtout depuis que l’Europe est moins centrale dans la compétition mondiale. À bien des égards, la finale de la Ligue des Champions géopolitique, c’est aujourd’hui USA contre Chine, avec une Europe à la traîne en matière d’unité économique, de PIB, de croissance et de puissance financière.

Puisque le conflit militaire doit être exclu, la plupart de la rivalité se joue désormais surtout sur le terrain économique. Ce domaine est particulier, car les deux derniers siècles ont montré que l’économie n’est pas un jeu à somme nulle : le libre-échange profite à la fois aux acheteurs et aux vendeurs. Ainsi, je considère le développement de la Chine non pas comme une menace, mais comme une opportunité et une preuve de l’efficacité du commerce mondial et du capitalisme.

Pour reprendre la comparaison avec la Ligue des Champions, les gens sont attirés par cette compétition car elle rassemble les meilleurs joueurs sur la scène mondiale. Leur talent, leur rapidité et leur précision dépassent largement ceux des équipes locales, ce qui rend le spectacle passionnant et inspirant. La course à l’IA entre Anthropic, OpenAI, X, Google, DeepSeek, Alibaba, Tencent et Z.ai est tout aussi captivante, avec de nouveaux modèles lancés chaque semaine. Sans la concurrence chinoise, les entreprises américaines d’IA pourraient manquer d’urgence pour innover, et vice versa. Les firmes chinoises cherchent à surpasser ou à se distinguer de leurs homologues américains, ce qui accélère l’innovation et offre plus de choix aux clients du monde entier. Notamment, certaines startups américaines choisissent désormais le modèle ouvert de DeepSeek pour son coût abordable et un meilleur contrôle des données.

Comme dans un bon match de Ligue des Champions, je veux voir du fair-play, et non une série de fautes où une équipe cherche délibérément à nuire à l’autre. Un vrai jeu exige l’équité et le respect des règles, permettant à chaque camp d’exprimer son potentiel. Dans ce contexte, les États-Unis ont parfois utilisé leur position hégémonique pour freiner la progression chinoise, notamment via les restrictions sur les exportations de semi-conducteurs. Si ces restrictions ont causé des revers à court terme pour le secteur high-tech chinois, elles ont aussi entraîné une mutation de long terme vers la « dé-occidentalisation » des chaînes d’approvisionnement. Le gouvernement chinois a priorisé le financement des industries stratégiques, aboutissant à une croissance impressionnante dans plusieurs secteurs huit ans après le premier embargo technologique. Concernant l’interdiction sur les semi-conducteurs, Jensen Huang, PDG de NVIDIA, a souligné que ne pas vendre de puces à la Chine nuit à son entreprise en lui faisant perdre un marché immense et lucratif — un marché qui pourrait financer la R&D essentielle. L’embargo a peut-être ralenti la Chine temporairement, mais il a aussi stimulé l’ingéniosité et l’urgence, renforçant l’autonomie chinoise. Au final, cette tactique pourrait s’avérer plus préjudiciable aux États-Unis et à l’Europe qu’à la Chine elle-même.

Certains commentateurs perçoivent l’ascension de la Chine et prônent la rupture totale des échanges, affirmant que des marques comme BYD détruiront les industries nationales. Ils soutiennent que chaque transaction avec la Chine soutient le Parti communiste et finance une puissance rivale. Pourtant, il est important de se souvenir que le commerce apporte des avantages mutuels. Le commerce avec la Chine permet aux acheteurs de réaliser des économies significatives — les produits fabriqués en Chine sont souvent plus abordables que leurs équivalents occidentaux. De plus, la Chine est une source de revenus et de bénéfices pour de nombreux grands groupes européens (LVMH, Siemens, Apple), offrant des emplois bien rémunérés et des fonds supplémentaires pour la R&D et l’investissement. Comme le disait Bastiat, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas : alors que les commentateurs pointent du doigt les emplois perdus et les fermetures d’usines en Occident, ils omettent souvent que des usines chinoises ferment également à mesure que le travail peu qualifié migre vers le Vietnam ou l’Inde, et que les nouvelles usines high-tech sont de plus en plus automatisées, devenant des « usines noires ». Ces tendances illustrent la pression constante pour l’efficacité dans la fabrication, secteur peu rentable. Ce n’est pas la Chine qui provoque le changement et les difficultés dans l’industrie occidentale, mais la modernisation irréversible du monde, qui génère du changement, parfois négatif, mais surtout positif (le PIB mondial augmente, la pauvreté recule…)

Le cas d’Apple illustre bien cette dynamique. Depuis la sortie du premier iPhone en 2007, Apple a conservé son leadership mondial (20 % de part de marché) grâce à une innovation continue et un souci constant de l’expérience client. Même en Chine, Apple n’est devancé que par Huawei, avec un record de 13,1 millions de téléphones vendus au premier trimestre 2026. La fabrication en Chine a favorisé l’émergence de concurrents locaux, mais elle permet aussi à Apple de maîtriser ses coûts et de rester compétitif. De plus, de nombreuses exportations chinoises sont des produits conçus et réalisés pour des entreprises occidentales, illustrant la nature collaborative du commerce mondial.

L’ascension de la Chine s’explique par un Parti communiste plus astucieux et capitaliste. Mais la Chine n’est pas responsable des crises occidentales ; la plupart des difficultés en Occident proviennent de politiques publiques stupides : développement excessif de l’État providence, éducation égalitaire négligeant les filières scientifiques, gestion déficiente de l’immigration, stratégies énergétiques erronées (notamment en Allemagne), et politiques inflationnistes des banques centrales.

Les gouvernements occidentaux peinent de plus en plus à masquer leurs erreurs aux électeurs. Les voyageurs revenant de Chine rapportent que les États-Unis et l’Europe sont désormais considérés comme des régions en développement, où la sécurité et les obstacles bureaucratiques freinent le progrès. Les experts de gauche admirent la bureaucratie chinoise efficace, mais prônent la réduction des échanges pour protéger les industries nationales au moment où l’automobile occidentale peine à passer à l’électrique. Ériger des barrières commerciales peut tenir les véhicules électriques chinois à l’écart, mais risque de cloisonner les industries nationales, de réduire les marchés et de paralyser les économies par la stagnation. Cette attitude défaitiste équivaut à un sabotage économique.

L’approche constructive, prônée par trop peu à droite (et personne à gauche), consiste à se méfier des interventions publiques pour protéger les entreprises occidentales. Historiquement, les gouvernements occidentaux ont un piètre bilan en la matière. En réalité, les entreprises privées américaines restent les plus rentables du monde, avec une capitalisation boursière largement supérieure à celle de la Chine (40 000 milliards contre 11,5 milliards de dollars). Une seule entreprise chinoise continentale (Tencent) figure parmi les 25 premières, à la 19e place, tandis que les États-Unis dominent ce classement des leaders mondiaux. Et seules cinq autres entreprises non américaines — TSMC, Saudi Aramco, Samsung, ASML et SK Hynix — atteignent le haut du tableau.

Disposer des sociétés les plus rentables permet aux entreprises américaines d’investir massivement dans la productivité et d’attirer les meilleurs talents. Les subventions chinoises ne sont pas un modèle viable à long terme, et la Chine découvre encore le capitalisme. Le Politburo chinois regorge d’ingénieurs brillants, mais les « Magnificent 7 » américains amorcent une révolution technologique qui dépasse le simple affrontement international.

La Chine possède de solides atouts : une population nombreuse et éduquée, un taux d’épargne élevé et un réseau énergétique diversifié. Les États-Unis, de leur côté, disposent des entreprises les plus innovantes, d’un système financier expérimenté et de lois sur la propriété solides. Il ne faut pas s’alarmer des progrès chinois ; il faut plutôt se réjouir que le capitalisme stimule la croissance pour toutes les nations qui l’adoptent. Au lieu de freiner la Chine, les États-Unis et l’Europe devraient identifier leurs propres axes d’amélioration — développer l’énergie nucléaire, alléger la réglementation, baisser les impôts pour les salariés, pratiquer une immigration ciblée — et s’adapter au changement. Protéger les entreprises de la concurrence est contre-productif. La compétition est au cœur du capitalisme, et nos entreprises privées les plus performantes prouvent que l’engagement et la collaboration avec la Chine donnent de meilleurs résultats que l’isolement. N’ayez pas peur de la Chine.

Competition with China: beyond conflict

At the fundamental level, I am firmly opposed to war between the Great Powers. While small conflicts may sometimes be a necessary evil when dealing with rogue states or terrorist organizations, it is imperative to take every possible measure to protect civilians. However, a war involving the major powers would rapidly escalate to catastrophic proportions and devastate the world. For example, during World War I, soldiers died on an industrial scale with over 1 million casualties (dead, wounded or missing) in the first month of the conflict. Should World War III ever occur, we could reach that scale of destruction in a matter of days. A war between the USA and China or Russia would be MAD—Mutually Assured Destruction—and such notions should not even enter serious discourse, as they are truly reckless.

That said, it is important to recognize that rivalry and competition among the great powers, as well as among smaller nations, are natural elements of international relations. As someone from Alsace, France, at the heart of Europe, I naturally support my home region. My studies in the US have fostered an appreciation for Americans’ pragmatic and optimistic ‘can do’ attitude, and after thirty years living in Taiwan, I also hold a positive view of Asia’s potential. My perspective on geopolitical and economic rivalry has become increasingly neutral, especially since Europe is less central to the global competition today. In many ways, the Champions League final of geopolitics is now USA vs China, with Europe lagging behind in economic unity, GDP, growth, and financial strength.

Since military conflict must be excluded, most of the rivalry now plays out in the economic arena. This field is unique because the last two centuries have demonstrated that the economy is not a zero-sum game; in fact, free trade benefits both buyers and sellers. Therefore, I view China's development not as a threat, but as an opportunity and a testament to the effectiveness of global trade and capitalism.

Returning to the comparison with the Champions League, people are drawn to this competition because it features the best players on the world stage. Their skills, speed, and precision far surpass those of local teams, making the contest exciting and inspiring. The AI race between Anthropic, OpenAI, X, Google, DeepSeek, Alibaba, Tencent, and Z.ai is equally compelling, with new models launching every week. Without Chinese competition, American AI companies might lack the urgency to innovate, and vice versa. Chinese firms are striving to outperform or differentiate themselves from American counterparts, fueling faster innovation and greater choices for customers worldwide. Notably, some American startups now choose DeepSeek’s open model for its affordability and greater data control.

Like a good Champions League match, I want to see fair play, not a series of fouls where one team deliberately undermines the other. A true game demands fairness and respect for rules, allowing both sides to perform at their highest level. In this context, the USA has sometimes leveraged its hegemonic position to slow China’s progress, most notably through semiconductor export restrictions. While these restrictions caused short-term setbacks for China’s high-tech sector, they also prompted a long-term shift toward de-westernization of supply chains. China’s government prioritized lending to strategic industries, leading to impressive growth across multiple sectors eight years after the first technology embargo. As for the semiconductor ban, Jensen Huang, CEO of NVIDIA, has pointed out that not selling chips to China hurts his business by forfeiting a massive, lucrative market—one that could help fund essential R&D. The embargo may have slowed China temporarily, but it also sparked ingenuity and urgency, ultimately strengthening China’s self-reliance. In the end, this tactic could prove more detrimental to the US and Europe than to China itself.

Some commentators sense China’s ascendancy and advocate cutting all trade with the country, claiming that brands like BYD will destroy domestic industries. They argue that every transaction with China supports the Communist Party and funds a rival power. However, it’s important to remember that trade delivers mutual benefits. Trade with China allows buyers to enjoy significant savings—products made in China are often more affordable than Western-made equivalents. Moreover, China is a source of revenue and profit for many major European companies (such as LVMH, Siemens, Apple), providing well-paying jobs and additional funds for R&D and investment. As Bastiat famously noted, there’s what we see and what we don’t see: while commentators highlight lost manufacturing jobs and factory closures in the West, they rarely mention that Chinese factories are also closing as low-skilled work moves to countries like Vietnam or India, and new high-tech plants are increasingly automated ‘dark factories.’ These trends demonstrate ongoing pressure for efficiency in manufacturing, which is not a high-margin sector. China isn’t what’s causing change and pain in Western manufacturing. It’s the unstoppable modernization of the world that is creating change, some negative, but mostly positive (worldwide GDP is increasing, poverty is receding...)

The case of Apple illustrates this dynamic well. Since releasing the first iPhone in 2007, Apple has maintained global leadership (20% market share) thanks to continual innovation and an unwavering focus on customer experience. Even in China, Apple is second only to Huawei, achieving a record 13.1 million phones sold in Q1 2026. Manufacturing in China has fostered local competitors, but it also helps Apple control costs and remain competitive. Additionally, many Chinese exports are products designed and produced for Western companies, highlighting the collaborative nature of global commerce.

China’s rise can be attributed to a smarter, more capitalistic Communist Party. But China is not responsible for Western crises; most challenges in the West stem from misguided government policies: expanding welfare states, egalitarian education that overlooks STEM, poorly managed immigration, flawed energy strategies, and inflationary central bank policies.

Western governments are increasingly unable to hide their mistakes from voters. Travelers returning from China report that the US and Europe are now viewed as developing regions, where safety and bureaucratic obstacles hinder progress. Left-leaning experts admire China’s strong, efficient bureaucracy and advocate cutting trade to protect domestic industries, particularly as Western automotive sectors transition to EVs. Building trade walls may keep Chinese EVs out, but risks isolating domestic industries, shrinking markets, and crippling economies through stagnation. This defeatist attitude is, in effect, economic self-sabotage.

The more constructive approach, advocated by too few on the political right (and nobody on the left), is to be wary of government intervention in protecting Western companies. Historically, Western governments have a poor track record in this regard. Fact is US private enterprises remain the most profitable globally, with a market capitalization far exceeding China’s ($40 trillion vs $11.5 trillion USD). Only one mainland Chinese company (Tencent) appears among the top 25 at #19, while the US dominates the list of leading firms. And only five other non-American companies—TSMC, Saudi Aramco, Samsung, ASML, and SK Hynix—also make the top ranks.

Having the most profitable companies allows US firms to invest heavily in productivity and attract top talent. Chinese subsidies are not a sustainable long-term model, and China is still relatively new to capitalism. The Chinese Politburo is filled with smart engineers, but America’s “Magnificent 7” are pioneering a technological revolution that transcends mere international rivalry.

China holds strong cards: a large, educated population, high savings rates, and a diversified power grid. The US, meanwhile, boasts the largest innovative companies, a seasoned financial system, and robust property laws. We should not be alarmed by China’s progress; instead, we should be proud that capitalism drives growth for all nations that embrace it. Rather than hindering China, the US and Europe should identify areas where they can improve—such as expanding nuclear energy, reducing regulation, lowering taxes for workers, pursuing targeted immigration—and adapt to change. Shielding companies from competition is counterproductive. Competition lies at the heart of capitalism, and our most successful private firms prove that engagement and collaboration with China yield better outcomes than isolation. Don't be afraid of China.

Thursday, March 5, 2026

Iran : Scénarios géopolitiques


Alors que la tension atteint des sommets au Moyen-Orient, un tournant majeur semble s’amorcer, porté par une frappe surprise qui a décimé l’état-major iranien, dont le Guide suprême Khamenei lui-même. Selon plusieurs sources, Israël aurait intercepté l’information d’une réunion cruciale et persuadé les États-Unis d’engager l’offensive, les Américains jouant alors le rôle de force armée au service de l’État hébreu, réputé pour sa connaissance fine de la région, bien supérieure à celle de la CIA.

Ce scénario pourrait ouvrir la voie à une guerre courte et décisive, si Washington se contente de soutenir la stratégie israélienne. Mais le spectre d’une opération menée selon la doctrine du Pentagone évoque d’autres précédents : Irak, Afghanistan, Libye... Les errements stratégiques du passé pourraient alors transformer ce conflit en enlisement coûteux, tant sur le plan humain que financier.

Contrairement à certaines analyses, ce nouvel embrasement n’est pas, selon l’expert Pete Hesgeth, un signal adressé à la Chine. Pékin, souvent perçue comme l’un des grands perdants potentiels de la crise – du fait de la perte d’un allié et d’un fournisseur de pétrole à bas prix –, a su diversifier ses sources d’approvisionnement. Premier importateur mondial d’or noir, la Chine s’est solidement positionnée sur les marchés énergétiques internationaux. Même si l’Iran cessait de lui accorder des rabais post-conflit, la compétitivité chinoise, appuyée sur des volumes d’achat colossaux, ne serait guère menacée.

Les deux issues principales du conflit laissent entrevoir, paradoxalement, des perspectives favorables pour Pékin :

  • Dans l’hypothèse d’une guerre courte et victorieuse, la région pourrait connaître un nouvel essor, propice au commerce. La Chine, incontournable sur le plan économique, resterait un partenaire privilégié des exportateurs d’hydrocarbures comme des importateurs de biens manufacturés, médicaments et autres produits issus de « l’atelier du monde ».
  • En cas de conflit long, les États-Unis risqueraient un affaiblissement durable. La perturbation des flux pétroliers vers l’Asie viserait surtout le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, pays peu enclins à commercer avec la Russie. Cette crise accélérerait la transition mondiale vers les véhicules électriques, atténuant la baisse de production des industries pétrolières chinoises. Un statu quo maintiendrait la fragilité américaine, tandis qu’une victoire ramènerait au scénario précédent, avec des États-Unis encore plus fragilisés.

Au cœur de cette crise, la Chine apparaît donc, non pas comme une victime collatérale, mais comme un acteur capable de tirer parti de tous les scénarios envisageables.

Thursday, January 1, 2026

Sur la nature de l'Amérique, par Louis Casé

La première chose que j'ai eu envie de faire à la fin de la lecture du livre sur l'Amérique de Louis Casé, c'est de le serrer très fort et de lui dire, tel de Gaulle, "Je vous ai compris!". En effet, on sent que ce livre est plus un cri du cœur qu'un livre analytique et froid. C'est un livre qui défend des thèses très fortes sur la malveillance actuelle des Etats-Unis, mais qui sait rester nuancer et parfois avouer ne pas savoir (sur le Covid, par exemple). L'auteur en a gros sur la patate contre les USA et leur gestion du monde depuis 1945, mais il ne fait pas d'anti-américanisme primaire. Déjà, il n'est pas de gauche et trouve que le communisme était un système bien pire. Et il ne rejette pas toute l'Amérique en bloc: il adore l'âge doré américain, entre la fin de la guerre de Sécession et la création de la Fed. La croissance économique reposait sur une expansion domestique, un entrepreneuriat débridé et un Etat fédéral faible qui ne s'occupait pas du monde entier. Bref, Louis Casé est un (ultra)libéral, même s'il va dire que l'ultralibéralisme a fait faillite en 2007 (sauf que ce n'était plus du vrai libéralisme!)

En tant que fervent lecteur de Mark Steyn et de Charles Gave, je suis moi-même un libéral assez critique des USA et surtout de leur Etat profond. Louis Casé va plus loin que ces deux auteurs dans son analyse systématique des origines et du système de cet Etat profond. Il y va très fort et ose se poser la question de l'influence juive dans la politique américaine sans tomber dans de l'antisémitisme (puisqu'il rejettera cette explication trop simpliste et complotiste). Au final, il montre que les coupables de la mauvaise gestion du monde par les Américains sont leur culture et l'influence disproportionnée des Boomers (à cause de leur poids démographique). Ce dernier point est aussi valable pour la France et l'UE, si bien que nous sommes aussi coupables d'avoir contracté ce virus transmis par l'idéologique et la culture US. Bref, même si l'Amérique est la cause du déclin de l'Occident (et peut-être de sa chute), Louis Casé n'en fait pas un bouc-émissaire, mais montre que l'Amérique finira par tomber comme ses vassaux (si rien ne change).

Un très bon exemple de la malveillance de la domination américaine provient de son système financier. Depuis 1971 et la fin de l'étalon-or, les USA ont le privilège de la monnaie de réserve et ils en abusent de plus en plus. Cela fonctionne ainsi: la dette publique US est à 36 trillions de USD. Elle 'coûte' 3 à 4% en taux d'intérêt annuel, mais comme la masse monétaire augmente de 7 à 8% par an, la moitié de cette augmentation peut servir à payer les intérêts de la dette dans une monnaie qui perd progressivement de sa valeur. Ce ne sont donc pas les USA qui supportent le coût de la dette, mais ses créanciers, les détenteurs d'obligations moitié internationaux (les banques centrales), moitié nationaux. Ainsi, la fraude du dollar devient aussi une affaire interne et l'Amérique n'est et ne sera pas épargnée par ses turpitudes. L'auteur n'en éprouve pas de Schadenfreude et pronostique une crise du système dans les 10 à 15 ans. C'est aussi le délai que donne Mark Steyn pour la transformation démographique de l'Europe de l'Ouest!

Etant assez ouvert et proche des idées de l'auteur, je ne sais pas si le livre arriverait à convaincre des gens venant de positions plus éloignées. Son style est celui d'un auteur contemporain jeune. On s'y fait. Mais je pense que le livre gagnerait s'il était plus court en évitant la répétition de certains arguments ou faits. Peut-être qu'une IA pourrait diviser le nombre de page par deux en éliminant les redondances...

Sinon, je trouve que Charles Gave est plus proche de la bonne explication concernant l'Euro. C'était une demande française, mais ce sont les Américains qui en ont plus bénéficié que les Allemands. Certes, les industries allemandes ont été favorisées au départ, mais elles ont fini par s'effondrer avec le renchérissement de son énergie (Energiewende et fin du gaz russe). C'est la Fed qui a pu éliminer un concurrent sérieux et indépendant. Mais c'est un point de détail.

Le passage sur Trump est très bon également. Louis Casé montre que son élection est une victoire sur l'Etat profond, mais que Trump ne changera pas grand chose au système américain, car il est un produit de sa génération, les Boomers, et croit aux mythes Américains. On voit d'ailleurs qu'il emprunte encore plus que Biden pour frauder encore plus avec le dollar. On est donc loin d'une prise de conscience et c'est surtout pour cela, d'après moi, que Louis Casé a pris le pseudo de Prophet of Doom sur X!.