Monday, September 30, 2019

La droite la moins libérale au monde

C'est la droite française, de LR, des ex LR (Le Maire et Darmanin), du Rassemblement National et de Zemmour avec son discours lors de la Convention de la droite. Il y combat autant l'islamisme que le libéralisme mondialisé. Il lui reconnait, certes, d'avoir sorti des millions de Chinois de la misère, mais il pense que ce fut aux dépens des ouvriers Français. En ce sens, il pense comme un socialiste pour lequel l'économie est un gâteau fixe dont chacun essaie de prendre une part au détriment des autres, alors que l'économie c'est surtout des échanges libres et spontanés qui font grossir le gâteau, car chaque pays, chaque entreprise et chaque personne se spécialise dans ce qu'il sait faire de mieux. C'est pour cela que depuis 1800 et surtout depuis 1950, on voit bien sur ce graphique que l'enrichissement est inégal, mais il est concomitant:



Les raisons de la stagnation du niveau de vie des Français moyens viennent surtout de son Etat qui taxe les salariés bien au-delà de 50% et qui impose tant de règlements et de normes que les jeunes entreprises n’arrivent pas à éclore. En effet, si le graphique ci-dessus mesure la richesse moyenne par habitant, il faut passer au prochain graphique pour voir que l'Etat capte de plus en plus les richesses produites par le secteur privé (et c'est encore pire si l'on y ajoute la dette de l'Etat, cet impôt différé):

Source: INSEE
Il est pourtant dommage que Zemmour ne voit pas que la puissance d'une nation repose principalement sur son économie. Que serait la puissance militaire des USA sans un budget et des ressources colossales? Et la Chine qu'on commence à juste titre à redouter? Ferait-elle autant peur si elle en était resté au niveau de développement de la Corée du Nord ou de Cuba? 
Pour que la France retrouve son rang de première puissance européenne, Zemmour devrait donc tout faire pour favoriser le retour à une politique économique libérale.

Il y aurait pourtant des convergences avec les libéraux sur les questions de l'immigration:
- En finir avec les aides qui favorisent l'assistanat et attirent les migrants économiques,
- Assimiler les étranger par le travail,
- En finir avec l'islamisme qui représente un danger pour nos libertés individuelles, surtout les plus progressives (droit des homosexuels, des femmes, l'abolition de la peine de mort...). Si Enthoven a raison que les Français sont attachés à leurs libertés,  je n'ai pas l'impression que cela s'applique aux musulmans les plus traditionnels.
Aussi, si on veut préserver une France où Zemmour et Enthoven peuvent débattre, on a intérêt à empêcher que l'islamisme prenne le dessus. La tendance à la censure est déjà bien trop grande chez nos élites et à gauche... Il ne reste plus grand monde pour défendre la liberté...

Saturday, August 31, 2019

L'évolution de la Chine au travers de la chaussure

Ma femme a longtemps travaillé dans une des plus grandes firmes Taiwanaises de la chaussure. Le nom de sa firme ne vous dira rien, car ils produisaient toujours pour le compte de marques. La plus grande d'entre elles était Payless (pour Pay shoes for less, une grande chaine US qui a fait faillite il y a peu de temps). Dans les années 1980, cette entreprise Taiwanaise produisait exclusivement à Taiwan, mais ses usines se sont rapidement délocalisées en Chine avec la montée des salaires à Taiwan. Là-bas, les salaires étaient plus de 10 fois inférieurs à ceux pratiqués à Taiwan. Cela permit de baisser les prix et de rester compétitif, surtout dans le gros marché US de la chaussure pas chère.

Mais que se passa-t-il dans les années 1990 et 2000? Chaque année, les salaires des ouvriers chinois augmentaient de 10% à 15 % et pour les cadres la progression pouvait aller encore plus vite! Chaque année, les employés chinois attendaient de recevoir leur bonus du Nouvel An Chinois, puis retournaient passer une semaine de congé dans leur famille, souvent dans la campagne de la Chine intérieure. Et au bout de cette semaine, un grand nombre ne revenait plus à l'usine car ils avaient trouvé mieux ailleurs. Et c'est pourquoi les salaires augmentaient si rapidement, car il fallait trouver assez de mains pour faire le boulot! Le salaire devait augmenter pour équilibrer l'offre et la demande de travail. Et comme la Chine croissait à un rythme fort, il était donc normal que les salaires augmentent rapidement également.  

Notons que ces ajustements et ces fortes hausses de salaires se faisaient sans l'intervention de l'Etat ou sans aucun discours paternaliste ou socialiste. 

Au départ, dans les années 1980, la Chine avait un avantage de salaires bas et d'une main d'oeuvre disciplinée, prête à l'effort. Mais les bas salaires ont maintenant atteint un niveau comparable à ceux de Taiwan, notamment dans les régions côtières les plus dynamiques. Si bien que cela fait dix ans environ que l'entreprise Taiwanaise de chaussure a délocalisé sa production de Chine vers le Vietnam et l'Indonésie! Et comme elle n'est pas la seule à agir ainsi, les salaires au Vietnam suivent la même tendance qu'en Chine: ils montent rapidement!

D'après mon expérience, les commentateurs politiques de droite et de gauche en Occident font donc plusieurs erreurs dans leur analyse de la puissance de la Chine:
1. Les bas salaires de la Chine ne sont plus si bas! Dans la high tech ou les jobs managériaux, le niveau de salaire est même souvent meilleur en Chine qu'à Taiwan. La Chine attire de nos jours les talents de Taiwan avec des hauts salaires, bien mieux payés qu'à Taiwan! (C'est le cas de mon beau-frère, ingénieur dans le bâtiment, qui travaille en Chine depuis 15 ans).

2. La délocalisation des usines de chaussures de Taiwan vers la Chine ou de la Chine vers le Vietnam correspond à une montée en gamme technologique de ces pays et un passage vers une société de services. Cela n'a pas eu de conséquences néfastes pour l'emploi ou le niveau de vie de ces pays. Et même les personnes qui perdirent leur emploi surent rapidement en retrouver un, car ni Taiwan, ni la Chine ne connaissent un chômage de masse et la croissance ne s'est pas arrêtée avec les délocalisations (elle s'est juste ralentie).

En Occident, en France et aux USA, certains pensent que c'est la mondialisation et ses délocalistions qui ont conduit à la paupérisation des classes moyennes, et cela serait la cause profonde du mouvement populiste. Cette cause est attractive, car elle rejette la faute sur la Chine et sa dictature communiste. Je n'ai aucune sympathie pour ce régime, mais cette analyse est fausse. Les classes ouvrières de Taiwan n'ont pas souffert des délocalisations vers la Chine, ou bien seulement très brièvement.

Si cette souffrance s'est prolongée en Occident, c'est à cause de 2 causes: les politiques a-sociales qui ont conduit au chômage de long terme et la dissolution de l'institution du mariage. En effet, ce sont le lois de salaire minimum et les allocations chômage trop généreuses qui ont conduit à garder de nombreuses personnes non qualifiées dans un cycle vicieux de dépendance vis-à-vis de l'Etat et les ont empêché d'acquérir plus d'expérience pour progresser dans leur carrière. L'autre cause majeure est sociétale et concerne le mariage. La pauvreté vient surtout de l'isolement qui touche les personnes seules. Or, autrefois une bien plus grande partie de la population vivait mariée!

En France, je vois une troisième cause à la paupérisation de la classe moyenne: le niveau exorbitant des prélèvements obligatoires de l'Etat: le salaire est amputé de moitié et l'Etat touche encore la TVA sur vos dépenses!   
 
La bonne nouvelle, c'est qu'il n'appartient qu'aux Français de mettre un terme au salaire minimum, aux allocations en tous genres et aux dépenses non régaliennes de l'Etat. Et puis, pour les célibataires, de retrouver un sens dans un engagement à long terme avec un ou une partenaire prêt(e) à la réciprocité!

Monday, August 26, 2019

La démocratie marche dans ce qu'elle sait faire de mieux

Il est à la mode de critiquer la démocratie et de dire qu'elle ne marche pas. C'est ce que font beaucoup d'admirateurs de Poutine ou de la Chine à droite comme à gauche. Le Vloggueur Nas (que je trouve très sympa et plein d'entrain) est un exemple parmi tant d'autres de gens qui doutent que la démocratie fonctionne. 
Même Churchill disait que "la démocratie est le pire système, à l'exception de tous les autres!"

Et quand on voit tous les problèmes non résolus dans les pays démocratiques, cette critique semble justifiée. Rien qu'en France, les gilets jaunes protestent pour plus de pouvoir d'achat, les infirmières pour plus de moyens dans les hôpitaux, le niveau éducatif des élèves baisse, l'immobilier à Paris est trop cher...

Le problème avec cette critique, c'est qu'elle ignore le but original de la démocratie et qu'on veut lui faire faire des choses pour lesquelles elle n'est pas taillée.

1. Ce que la démocratie sait faire: le régalien

Avant l'avènement de la démocratie en Occident, à la fin du dix-huitième siècle, les populations souffraient de famine, d'une haute mortalité infantile, mais elles souffraient aussi et surtout de la violence politique et des guerres externes. Le système politique monarchique était sans pitié contre ses opposants. Le royaume de France s'est construit lors de conflits armés nombreux entre le roi et les prince de Bourgogne, d'Aquitaine, de Bretagne, et contre les cathares, puis les protestants... Un pouvoir absolu ne saurait tolérer la dissidence. La conquète du pouvoir passait par l'élimination physique de ses ennemis ou leur embastillement.

Le système démocratique nous a permis de mettre fin à 99.9% des violences physiques lors des transferts de pouvoir. Et chaque pouvoir démocratique accepte d'être remplacé par un autre lorsqu'il sort battu aux élections. A part les black bloc et quelques révolutionnaires marginaux, les citoyens  comprennent le bienfait immense de vivre en paix avec des gens dont on ne partage pas toutes les opinions. La dictature permet aussi de vivre en paix, mais on voit qu'elle a deux défauts: la violence faite aux personnes qui ne sont pas d'accord avec le pouvoir et la violence qui finit par arriver le jour où le pouvoir passe à d'autres personnes.

La démocratie n'a pas aboli toute violence et tous les crimes. Autant il est bon et louable de vouloir tendre à cela, autant ce serait ignorer la nature humaine que de croire cela possible. La police et la gendarmerie ont donc toujours beaucoup à faire, et c'est justement l'une des responsabilités principales de l'Etat en vertu du principe du monopole de la violence légitime. Maintenir la paix civile est donc bien l'un des fondements de l'Etat. Et sauf en état de légitime défense, c'est l'Etat démocratique qui fait cela mieux que personne.

Dans ses relations avec les autres pays, la démocratie a aussi permis d'obtenir d'excellents résultats. Dans le passé monarchique, nous ne comptons pas le nombre de guerres entre pays voisins, chacun cherchant à s'agrandir et/ou dominer l'autre. Ces guerres ont causé des destructions immenses et des pertes de vie de plus en plus affreuses (cf. les 2 guerres mondiales). Si les monarchies étaient en conflit presque permanents entre elles, les démocraties sont en état de paix dans 99.9% des cas. (Pour le 0.1% voir cette liste, parfois contestable, de démocraties qui se firent la guerre). Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et surtout depuis la chute du mur, le nombre de conflits internationaux a baissé de manière impressionnante pour le bien de toute l'humanité.

Ce succès ne signifie pas que l'on puisse se passer d'armée, car les pays autoritaires et les idéologies meurtrières restent un danger pour nos sociétés. L'aspiration démocratique est la meilleure garantie pour la paix mondiale dans le long terme. Mais il ne faut pas qu'on prenne cela pour de la faiblesse, car l'histoire nous enseigne que la faiblesse aide souvent à précipiter les guerres. Aussi, comme le disent les Romains, 'Si vis pacem, para bellum' (Si tu veux la paix, prépare la guerre).

Les Etats au pouvoir démocratiquement élu sont donc ceux qui connaissent le meilleur niveau de paix civile et internationale. Et cela est un progrès fondamental et inestimable pour l'humanité si l'on considère combien la violence et les guerres sont des plaies qui ont toujours fait parti de l'histoire.

2. Ce que la démocratie ne fait pas bien

Le maintien de l'ordre est une fonction avec un but simple et des règles claires. Le pouvoir législatif décide des lois. Le pouvoir executif, au travers de la police, arrêtent ceux qui ne respectent pas ces les lois. Et la justice condamne ceux qui les ont enfreintes. La séparation des pouvoirs permet d'échapper à l'arbitraire d'un pouvoir absolu et donc dictatorial (la dictature de la majorité). La structure de l'Etat démocratique correspond donc bien à sa fonction régalienne.

Mais cette structure est-elle aussi adaptée à gérer l'éducation, les hôpitaux, la solidarité, résoudre le problème du chômage?... En fait, on remarque que les structures des meilleures institutions sont souvent très différentes. L'église catholique, la plus vieille organisation sociale et caritative d'Europe, est centralisée au Vatican, alors que les églises protestantes et évangéliques sont simplement fédérées sans chef. Les universités et écoles privées fonctionnent souvent avec l'aide de fondations et de généreux donateurs. Les cliniques, elles, quant à elles, sont souvent créées par association de plusieurs médecins. Toutes ces structures sont assez éloignées de celles de l'Etat, que ce soit la justice, l'armée, la police ou la collecte de l'impôt. L'Etat n'a aucune compétence dans ces domaines et son organisation n'est pas faite pour s'adapter à des situations de terrain très diverses. Il est donc normal et pas surprenant que l'Etat n'assure pas bien les services qui ne relèvent pas du régalien. Il n'a pas été fait pour cela, mais pour permettre aux citoyens de le faire eux-même.

En assurant la paix et la liberté aux citoyens, la démocratie permet à chacun d'entre nous de nous associer comme on l'entend pour mettre nos talents au service des autres. Et plus les gens sont nombreux, plus les possibilités d'associations tendent vers l'infini. Aussi, dans une économie libérale, il n'y a pas une façon précise, un système unique qui fasse marcher l'économie et toutes les activités d'association des hommes. Il s'agit plus d'un 'ordre spontané' où l'histoire de chacun, ses traditions... va détermininer avec qui il travaille, chez qui il achète, où il étudie, quelle église ou association il fréquente... Moins l'Etat met d'entraves, moins ses impôts sont lourds, plus les citoyens ont les moyens de prendre les meilleures décisions pour eux-même. Aucun système ne saurait être assez complexe pour savoir avec précision ce que chacun d'entre nous a besoin et comment le produire. Comment trois cent législateurs pourraient-il mieux définir les besoins de protection sociale, d'éducation, d'ouverture des magasins, de départ à la retraite... de 60 millions de Français que chacun selon sa situation personnelle?

Ces 40 dernières années ont fourni quantités d'exemples que l'Etat fait moins bien que le privé dans la plupart des domaines non régaliens (à part quelques cas -Airbus- où il a eu de la chance, et qui confirment la règle):
- en général, les écoles privées se portent mieux que les écoles publiques,
- pareil pour les hôpitaux,
- le monopole du rail, la SNCF, est un gouffre financier pour les Français,
- la téléphonie mobile a connu un développement extraordinaire après la privatisation de France Telecom,
- la Sécurité sociale est en déficit permanent et rembourse de plus en plus mal.
etc...

Chaque fois que les services de l'Etat ne sont pas en monopole ou ne bénéficient pas des subventions de l'Etat, le privé fait mieux, moins cher et plus vite. Cette performance du privé est tout simplement celle de l'ordre spontané qui laisse les acteurs les plus doués agir au contact du réel, alors que l'Etat (et ses énarques) cherchera toujours à modeler un système théorique unique qui ne collera jamais à la complexité de la réalité.

En conclusion, la démocratie fonctionne mieux que tout autre système de gouvernement pour assurer la sécurité et la paix. Mais cette réussite s'arrête au régalien et ne s'étend pas aux autres activités et services dont nous avons besoin. De plus, dans le cas de la France d'aujourd'hui, on est en droit d'être doublement inquiet. Certes, il n'est pas étonnant qu'un Etat qui s'accapare 57% des richesses du pays et qui est omni-présent dans tous les domaines soit en crise à force vouloir faire des choses qu'il ne sait pas faire. Mais, le plus grave, c'est que cet Etat perde le sens des priorités et n'alloue plus assez de ressources à ses fonctions régaliennes. Justice, police et armées ont de plus en plus de mal à faire régner l'ordre dans certaines cités.

Saturday, June 22, 2019

Tiers monde et mondialisation

J'ai 47 ans et dans ma jeunesse la plupart des articles sur l'état du monde traitaient de ce fossé entre pays industrialisés et Tiers Monde. Ce concept de Tiers Monde était repris partout, par tout le monde, un peu comme on par de mondialisation de nos jours. En fait, on dirait que c'est comme si ce concept creux et fourre-tout de mondialisation avait remplacé celui de Tiers Monde.

Si on a arrêté d'utiliser le mot 'Tiers-Monde', c'est car il n'est plus très pertinent. Un grand nombre de pays autrefois pauvres se sont développés et industialisés ces dernières décénnies, et un grand nombre de pays occidentaux, je pense notamment à la France, se sont empêtrés dans une crise économique et sociale qui les tire vers le bas. Bref, cet opposition entre pays riches occidentaux et pays pauvres du Tiers Monde est de moins en moins nette. Le niveau de vie à Singapour ou Taiwan a dépassé ou égalé le niveau de vie de nombreux pays d'Europe.

Mais au lieu de continuer dans le théorique, j'aimerais vous parler de ce que j'ai pu voir à mon niveau à Taiwan il y a plus de 20 ans. J'arrivai sur l'ile au moment de la libéralisation des télécom pour la téléphonie mobile. Auparavant, il y avait un opérateur unique (CHT) et celui-ci s'approvisionnait exclusivement chez Alcatel, Siemens et Lucent (ancien AT&T) au travers de 3 joint ventures. En effet, ces 3 firmes s'étaient partagé le marché des équipements de téléphonie fixe en accord avec CHT (Chung Hua Telecom), firme d'Etat.

Je fus embauché chez Siemens Telecommunications Sytems Limited (STSL) en 1997. Elle appartenait pour 60% à Siemens, 25% à CHT et 15% à une riche famille proche du KMT, le parti de Chiang Kai Shek. A l'époque on est clairement dans une configuration de capitalisme de connivence. L'Etat a le monopole d'une industrie (le fixe) et il a partagé le marché de fourniture de son matériel entre 3 firmes qui se partagent le nord, le centre et le sud du pays. Elles ne sont donc pas en concurrence entre elles. Et la marge de chaque Joint Venture pour installer et maintenir le matériel est garantie par CHT. Ainsi, ces investisseurs privés sont de vrais rentiers car ils ne peuvent pas perdre. C'est bien entendu pareil pour ces conglomérats occidentaux qui vendent du matériel à haute valeur technologique. Leur entente n'est pas non plus du libéralisme, mais cette structure fut acceptée et même entérinée par le pouvoir. On comprend qu'un tel arrangement facilitait le 'business' et qu'il n'y avait pas de grande pression sur les coûts. Dans ces conditions, Siemens pouvait produire en Allemagne et Alcatel en France et Lucent aux USA.

Mais avec l'arrivée du GSM, les conditions du marché furent bouleversées. Cela commença par la fin du monopole de CHT dans les services de téléphone mobile. L'Etat vendit aux enchères 5 ou 6 licences à des nouveaux opérateurs. Et pour leur vendre notre matériel, il fallut entrer en concurrence frontale avec Alcatel et Lucent, mais aussi Nortel (Canada) et Nokia! STSL réussit à vendre le système GSM de Siemens à un nouvel opérateur national et à opérateur régional, mais pas à CHT, l'opérateur historique. Mais très vite les revenus du mobile dépassent largement ceux du vieux business du fixe.

Tout ne fut pas parfait et libéral dans ce nouveau business. Le plus gros point noir furent des commissions de 3 à 6% pour nos grands contrats dans le mobile. Je ne sais pas trop qui fut à l'origine de ces commissions, l'acheteur ou Siemens. Mon jeune chef, le CFO, était opposé, mais le CEO le convainquit que sans ces commissions la firme n'obtiendrait pas de contrats. Le siège de Munich ne fit pas de problèmes, car les commissions semblent (semblaient?) assez fréquentes dans les grands contrats dans le monde. (Moi j'étais en bas de l'échelle de décision, celui qui controle l'exécution des contrats, mais je n'ai pas fait de zêle pour payer ces commissions ; en théorie, j'aurais du les payer aussi sur les petits contrats annexes, mais je les 'oubliais' simplement!)

Mais ces commissions n'avaient pas d'influence sur la guerre des prix qui eut lieu. Chaque nouveau contrat donnait lieu à des baisses de prix conséquentes car il s'agissait beaucoup de matériel électronique qui voit son prix baisser, et de logiciels dont les coûts de R&D sont comme fixes, mais distribués sur un grand nombre de clients. Et comme les opérateurs sont en concurrence entre eux, ils font pression sur les fournisseurs pour obtenir de meilleurs prix. Cela poussait Siemens en Allemagne à baisser ses coûts en sous-traitant ou bien en délocalisant certaines productions. STSL aussi cherchait toujours à être plus efficace. Cette baisse des coûts continuelle avait pour but de rester compétitif et profitable.

Mais l'opérateur qui poussa la concurrence à son comble fut CHT, l'ancien monopole et maintenant partiellement privatisé. CHT n'acheta plus que par appel d'offre transparent: le moins cher gagne le marché. Et le résultat fut radical: le prix d'achat de ses équipements s'effondra et devint l'un des plus bas au monde. De plus, avec l'accès au WTO, Taiwan avait pratiquement éliminé les taxes sur les importations de ces équipements et cela permettait donc de baisser leur prix encore plus.

En l'espace de quelques années après cette libéralisation, Taiwan devint le pays avec la plus forte pénétration du téléphone mobile (100%) au monde! Les clients Taiwanais peuvent maintenant faire jouer la concurrence et choisir le fournisseur qui a la meilleure offre de services, la meilleure couverture ou les meilleurs prix... Les opérateurs régionaux furent rachetés par les opérateurs nationaux car ils étaient trop petits, mais la concurrence reste saine.

Mais qu'en est-il des salariés de STSL? Sont-ils les exploités du système? Je pourrais bien me plaindre, car j'ai été embauché aux conditions locales et non à des conditions d'expatrié. Or, un expat gagne bien plus qu'un local. C'est pourquoi le CFO était le seul expat payé par STSL. Les ingénieurs expat étaient envoyés et payés par le siège en fonction des contrats. STSL payait un peu mieux qu'une firme locale. Les salaires sont plus bas qu'en Europe et les vacances sont moins longues, mais elle pratiquait un partage généreux des bénfices avec ses employés: 6 mois de salaires de bonus étaient assez courants, plus des primes de renouvellement de contrat. Au final, je gagnais bien ma vie malgré mon statut local et un salaire de départ bas. (NB: pour la petite histoire, je fus embauché un peu avant une autre Taiwanaise pour le même poste et quelle ne fut pas ma surprise de voir un jour que cette jeune femme au parcours similaire gagnait un peu plus que moi sur sa fiche de paie! Alors que je parlais l'allemand en plus de l'anglais et que j'avais vite eu de meilleurs résultats qu'elle. Après un an ou deux, c'est moi qui avait un salaire supérieur et ce n'était que que justice au vu de mes performances! En fait, l'explication est que je m'étais très mal vendu: ce boulot j'en avais besoin pour rester légalement dans le pays.)

L'ouverture à la concurrence permit donc aussi de mettre fin au capitalisme de connivence de ces actionnaires taiwanais de STSL. Dorénavant, leur capital prenait de vrais risques et était rétribué en conséquence. D'ailleurs, après 2001 et la crise dans les télécoms, l'industrie se contracta et STSL finit par être absorbée lorsque Nokia et Siemens Telecommunications fusionnèrent. Avec cette crise, beaucoup de salariés perdirent leur boulot ou partirent en retraite. Certains collègues partirent chez les opérateurs, d'autres chez la nouvelle concurrence chinoise et moi je me lançai dans l'aventure des thés de Taiwan! La perte de l'emploi n'est pas grave si l'économie continue d'en créer de nouveaux ou si on les crée soi-même.

Donc récapitulons qui sont les gagnants de cette mondialisation libérale dans les télécoms à Taiwan:
1. Les clients Taiwanais qui ont maintenant d'aussi bons services, voire meilleurs, que dans les pays industrialisés!
2. L'industrie Taiwanaise des processeurs s'est développée avec la baisse des coûts (selon la théorie de spécialisation de Ricardo).
3. Siemens AG en Allemagne a fait des profits substantiels pendant la période faste et des pertes lors du retournement de situation qui l'ont conduit à fusionner avec Nokia pour survivre. Cette multinationale est clairement soumise à la concurrence mondiale et n'a pas de monopole ou de position dominante.
4. La concurrence a fortement réduit la corruption et le capitalisme de connivence.
5. Les carrières sont plus courtes, mais mieux payées et il est possible de rebondir dans une économie libérale en expansion.

En conclusion, j'ai pu constater que la mondialisation libérale dans les télécom a bien mis fin au rapport de force qui privilégiait les firmes des pays occidentaux par rapport à celles du Tiers Monde. Cela a permis à Taiwan de refaire son retard et même devenir un temps leader dans l'utilisation du portable!

Wednesday, June 5, 2019

Le grand débat de LR

Macron est en train de faire une OPA sur la droite étatique et dirigiste qui vient de se prendre une claque aux Européennes. Le challenge de cette droite est de se démarquer de Macron et de Le Pen afin de recréer leur espace politique. La démission de Wauquiez fut un pas vers la responsabilité et l'honneur, des notions qui vivent encore dans le coeur du peuple de France. Mais la création d'un grand débat crée une confusion dans l'esprit des électeurs. Pourquoi les Républicains utilisent-ils les même recettes que Macron? Au lieu de se différencier, ils l'imitent!

Il serait important que cette droite trouve rapidement une idée ou deux pour se différencier radicalement de LREM et du RN. Regardons:
- Valérie traitresse voudrait augmenter le SMIC et donc se positionner sur la gauche de LREM. On en a le tournis! On pourrait même dire qu'elle suit la stratégie de Macron et Le Pen qui ne sont ni de droite ni de gauche!
- Xavier pas bien méchant semble bien dans son rôle d'administateur de la région Haut de France. Il ne fait pas d'idéologie, mais seulement des choses pratiques. Bref, aucune vision. Aucune remise en cause. Aucun espoir.
- Gérard pas de déchet connait tous les fromages de la République, mais ce n'est pas au Sénat, la chambre des notables et de tous les conservatismes, qu'on trouvera des idées neuves et puissantes.
- Jean Léonetti, qui fait l'intérimaire à la tête de LR est un spécialiste de la fin de vie. Cela tombe bien, car LR a surtout séduit chez les retraités et que c'est un parti à bout de souffle!

Puisque les Républicains ne trouvent pas cette idée et qu'ils ont échoué tant de fois à réformer la France, il est probablement normal qu'il disparaisse. Schumpeter appelle cela la destruction créatrice. C'est le moteur du capitalisme économique fondé sur une philosophie de la liberté individuelle. C'est ce système qui marche si bien dans tous les pays qui l'adoptent. Des USA à la Suisse, de Hong Kong à Taiwan, des Pays-Bas à Israël... Or, aucun parti en France ne se positionne sur ce crénau. A part un petit nouveau, Objectif France...

Ajout du 11 juin: On parle de Christian ne fait pas le job pour diriger le parti. Président du groupe LR de l'AN, on le décrit comme dans la droite ligne de Jacques Chirac. Or, Chirac est le président qui a eu le moins de convictions politiques. Un temps sur la droite de VGE et de Mitterrand, il s'est transformé en social-démocrate une fois l'expérience Juppé avortée. "Les promesses n'engagent que ce qui les croient." résume bien son cynisme et sa malhonnêteté. Bref, si les LR voient le chiraquisme comme leur voie de secours, c'est qu'ils n'ont rien compris du tout à leur défaite!

Monday, June 3, 2019

Reflexion sur les Fake News

C'est Pierre Abélard (1079-1142) qui fit la la distinction entre le crime et le péché. Le crime est défini par la loi et sanctionné par la justice, tandis que le péché est défini par la morale, la religion et a des conséquences sociales et/ou religieuses. Parfois les 2 se confondent: le meurtre est un crime autant que c'est un péché. Mais il y a quantité d'infractions à la loi qui ne sont pas des péchés: employer une personne 50 heures au lieu de 48h, le maximum légal. Et il y a bien des péchés qui ne sont pas des des crimes: manger du porc pour un juif ou un musulman, travailler le dimanche ou faire bonne chair le Vendredi Saint pour un Chrétien, par exemple.

Dans notre Etat de droit, en politique, nous n'avons pas à nous préoccuper de morale. Elle relève du religieux. Ce qui importe est le droit et ce que la loi définit comme crime ou un délit. Rappelons aussi que pour être libre, il vaut mieux que les lois ne soient pas trop nombreuses et n'interdisent que ce qui porte atteinte aux droits et à la propriété des autres. Ainsi, les bonnes moeurs ne devraient pas faire l'objet de la loi, mais de l'éducation. Se dénuder en public, faire des gestes obscènes, dire des conneries sont des atteintes au moeurs, mais sont aussi des manières de se rabaisser dans l'estime des autres. On est rapidement puni par les autres si l'on contrevient aux codes en vigueur. En effet, il sera difficile de nouer des amitiés si l'on choque ou si l'on se comporte comme un con. On récolte toujours ce que l'on sème. Mais si le seul tort du comportement ou des paroles d'autrui est d'avoir blessé nos sentiments, alors il n'y a pas d'atteintes à nos droits naturels.

Aussi, quand on parle de mensonge et la propagation de fausses nouvelles (fake news), sommes-nous face à un problème légal ou un moral? Pour y répondre, il faut se poser la question si nous avons un droit à la vérité? A ma connaissance, un tel droit n'existe pas. Etre honnête et dire la vérité n'est qu'une exigence morale. Il est donc absurde de faire une loi sur ce qui relève de la morale, sauf à vouloir faire un mélange des genres absolument malsain.

On peut se désoler que certains 'journalistes' soient des manipulateurs d'opinion au lieu de rendre compte objectivement des faits. Mais faire une loi pour punir les fake news, c'est faire une loi qui mettrait une grande partie des médias hors-la-loi. En effet, quel journal peut prétendre ne publier que la vérité? Toute information n'est-elle pas forcément déformée par le prisme de celui qui la voit et en rend compte?

Rappelons aussi qu'il n'est pas bon de judiciariser le combat politique. La justice doit rester impartiale et le meilleur moyen est de ne pas réglementer une question morale. Laissons aux citoyens majeurs la responsabilité de juger le vrai du faux et de privilégier les sources les plus crédibles. Et pourtant ce n'est pas l'envie qui me manque de punir tous ceux qui prétendent que le socialisme marche, qu'un impôt résout un problème, que l'Euro est un succès! Mais la liberté, c'est aussi celle d'être con!

Sunday, March 17, 2019

Le modèle social français


Le 16 mars 2018, lors de l'acte XVIII des Gilets Jaunes, on l'a vu en action, dans toute sa splendeur, notre modèle social français: le Fouquet's, un kiosque à journaux et une agence bancaire sont en flammes. Des casseurs ont pillé des magasins sur les Champs Elysées, agressé les forces de l'ordre...

Sur France Inter, j'entends Xavier Bertrand dire une chose sensée: "Le système politico-administratif français est au bout du rouleau". En effet, notre système actuel est un modèle, un modèle de ce qu'il ne faut pas faire. Les prélèvements obligatoires sont les plus hauts de l'OCDE et ne permettent pas d  le chômage reste important depuis 40 ans, les prestations sociales déresponsabilisent les Français. Les effets de seuil, quand on perd des avantages parce qu'on commence à gagner trop, enferment les gens dans une alternance de petits boulots et de chômage ou RSA et de travail au noir. Pressés par le fisc et incapables de mettre quoi que ce soit de côté, un grand nombre de Français se sent justement exclus du système et, n'ayant rien, n'a plus rien à perdre.

Si seulement il existait un système politique qui se concentre sur le régalien pour protéger la sécurité des citoyens et l'ordre public. Un système où vos revenus ne dépendent plus de l'Etat, mais des services que vous rendez et où vous touchez toute la valeur ajoutée que vous produisez. Un système qui favorise la croissance et la prospérité. Un système sans privilèges ni monopoles publics, mais où la concurrence favorise la productivité et des prix justes.
Si seulement...