Thursday, February 27, 2020

Le pouvoir de la haute fonction publique en France

Aujourd'hui, chez Bercoff sur Sud Radio, entre 13h et 13h15, le député et ancien maire de Sarcelles, M. François Pupponi donne une réponse extraordinaire. Bercoff l'interroge pourquoi les députés ne changent pas la loi concernant les occupations illégales de propriétés privées et notamment le délai trop court de 48h pour les signaler, car si on le dépasse la procédure pour les déloger est très longue et difficile. Sa réponse: "Tout simplement parce que c'est souvent la haute administration du ministère du logement et de la justice qui disent 'non'."

Ce député admet qu'il ne peut que faire des lois approuvées par la haute administration. Or, il s'agit de faire respecter le principe de propriété privé, l'un des fondements de la constitution et de la déclaration des droits de l'homme! Il ne s'agit pas d'une loi farfelue qui donnerait des droits imaginaires à certains. Il s'agit de permettre aux propriétaires d'un logement ou d'un terrain de pouvoir en rester les maitres.

Que la haute fonction publique donne des avis aux députés sur la faisabilité de tel ou tel texte, je le conçois, vu que c'est elle qui doit le mettre en oeuvre. Mais qu'elle puisse avoir un droit de véto, c'est qu'on a rétabli la monarchie. Finalement, le roi de notre 5ème République, ce n'est pas le président de la République, c'est la haute fonction publique! D'ailleurs, le président vous pouvez en voter pour un autre tous les 5 ans, mais les fonctionnaires, ils ne partent que quand ils le veulent bien!

Saturday, February 8, 2020

Comment revitaliser les campagnes françaises?

Les villes se sont construites sur le principe que les échanges, le commerce font la richesse des hommes. Or, il est facile d'échanger quand on est nombreux à habiter sur un endroit de taille réduite, sûr et avec des hommes bien instruits, aux compétences diverses (médecins, juristes, ingénieurs...). La ville est plus facile à administrer, policer et à aménager que de larges étendues. Or, dans la France d'aujourd'hui, la capitale a des défauts qui font fuir ses habitants: elle est sale, la population dans ses banlieue n'est pas bien intégrée, pas bien instruite, et les prix de l'immobilier au centre-ville sont de plus en plus élevés.
Mais si le libéralisme nous enseigne une chose, c'est que le malheur des uns ne fait pas le bonheur des autres. Par contre, il permet de remarquer que les régions et surtout les campagnes disposent d'atouts pour se développer:
- un prix de l'immobilier attractif,
- plus de sécurité quand il n'y a pas de banlieues et d'islamistes.
- un niveau d'éducation de plus en plus élevé.

La meilleure façon de contrer le coût des distances à la campagne par rapport à la ville est de baisser les taxes sur le prix de l'essence. On le voit aux USA, pays immense. Le prix du gallon d'essence est très bas et permet aux ruraux de se déplacer loin pour chercher les services et produits dont ils ont besoin. Les déserts médicaux sont moins contraignants si le trajet vers la ville n'est pas si onéreux.




Tuesday, February 4, 2020

Zemmour vs. Agnès Verdier-Molinié

Cela s'est passé dans Face à l'Info du 3 février 2020 (à partir de la 31ème minute environ).

Cette confrontation fut l'une de celles où Zemmour s'est montré le plus combattif, allant jusqu'à interrompre AVM de manière répétée, alors qu'il sait souvent bien écouter son adversaire. Cette fois, vers la fin du débat, on le sent à bout d'arguments et obligé de couper AVM pour imposer son point de vue.
Pourtant, tout avait assez mal commencé pour AVM. Son discours libéral joue sur l'opposition entre le privé et le public. Si je comprends ce discours dans sa fondation, l'IFRAP, qui s'adresse au privé, je ne la comprends pas quand on veut s'adresser à tous le Français, dont un bon nombre sont fonctionnaires et qui souffrent aussi d'un Etat qui ne fait pas bien son boulot.

Mais passons au point qui a suscité tant de passion. La question est simple: est-ce que l'Etat français a recruté beaucoup de fonctionnaires parce que, faute de politique industrielle, il y a eu du chômage dans les années 1980 et que c'était une manière de réduire le chômage? (Thèse de Zemmour) Ou bien est-ce à cause du socialisme, de l'embauche de fonctionnaires que l'industrie française a perdu en compétitivité et s'est mise à licencier des travailleurs? (Thèse d'AVM).

Zemmour s'agite, mais c'est AVM qui place deux arguments massus avec lesquels Zemmour est d'accord: le passage de la retraite à 60 ans (au lieu de 65 ans) sous Mitterrand fut une erreur qui coûte de l'argent aux firmes françaises. En effet, pour financer une retraite plus tôt, il a fallu augmenter les cotisations retraites. Et comme ces cotisations font parti des coûts des entreprises, cela augmente les coûts de produire en France et cela baisse donc la compétitivité des firmes qui produisent en France. Le second point qu'elle place est la réforme des 35 heures qui ont créé le bordel et augmenté les coûts pour les entreprises. Là encore, Zemmour est obligé de lui concéder qu'elle a raison.

C'est pourtant simple, une industrie ne peut pas vivre durablement sans être compétitive, sauf à vivre aux dépens de l'Etat. Si le nucléaire français est une réussite industrielle, c'est car il produit une électricité moins onéreuse que par le gaz, le charbon ou l'éolien. Si le Minitel n'existe plus, c'est car les consommateurs préfèrent Internet. Si Airbus tient tête face à Boeing, c'est  parce qu'Airbus est compétitif, pas parce que les gouvernements européens dépensent beaucoup d'argent en contrats de défense.

Or, avec 40% de fonctionnaires en plus que l'Allemagne et un poids record de l'Etat dans le PIB, un SMIC élevé... la France est le pays où les coûts salariaux sont les plus élevés et les moins compétitifs. Heureusement que la productivité des salariés du privé compense tout cela et que la France reste à la pointe dans un certain nombre de secteurs, sinon le pays serait en faillite depuis longtemps.

Tuesday, January 28, 2020

Le faux libéralisme des élites françaises

Je ne suis pas d'accord avec Emmanuel Todd sur beaucoup de choses, mais dans cette intervention, il touche juste quand il dit que les élites françaises ne sont pas libérales, même si elles le croient:
 

La réforme des retraites en est un parfait exemple. La plupart de ses opposants le dénoncent comme libéral et s'insurgent contre la présence de Blackrock dans quelques réunions. La présence de ce géant de l'investissement en bourse est incompréhensible, car cette réforme ne fait aucune transition vers la capitalisation, mais consacre la retraite par répartition.

En fait, le coeur de la réforme est le passage de plus de 40 caisses gérées par chaque profession à une seule caisse gérée par, je vous le donne en mille, l'Etat et sa bureaucratie issue de l'Enarchie! Bref, il n'y a rien de libéral dans cette réforme. Elle se voulait universelle et tentait de mettre fin aux régimes spéciaux (SNCF, RATP...) mais les exceptions sont si nombreuses et l'application de ces réfomes si tardive que les injustices les plus criantes vont encore perdurer pendant longtemps.


Monday, January 13, 2020

Taiwan et la Chine

Mme Tsai Ing-Wen a donc été réélue samedi avec 57% des voix. Le candidat du KMT a fait 38% (et le reste pour un ancien du KMT). Pour la plupart des journaux, c'est la victoire de la démocratie et de l'indépendance face à la Chine. C'est à croire que Taiwan compterait 38% d'électeurs à la solde de la Chine et désirant vivre sous la dictature du parti communiste!!

Comme je l'ai montré dans mon article précédent, c'est totalement faux. L'erreur politique du KMT a été d'avoir la même position, le même discours face aux électeurs que face à la Chine. En gros, il dit que République de Chine (Taiwan) est un territoire chinois et que l'unité du pays est négotiable si la Chine accepte une constitution démocratique sur le modèle de celui de Taiwan. Et tant que ce n'est pas le cas, Taiwan et la Chine doivent vivre en paix côte à côte en faisant des accords commerciaux qui soient mutuellement bénéficiaires.

Bref, le KMT n'est pas prêt à abandonner la souveraineté de l'ile au régime communiste, mais il ne veut pas se priver d'un partenaire commercial qui occupera bientôt la première place mondiale (devant les USA). La réalité est que la Chine est de plus en plus dans une position de force. Taiwan a longtemps fait un blocus de la Chine. De 1948 à 2005, il n'y avait pas de lien direct entre la Chine et Taiwan. Tous les voyageurs et les marchandises devaient transiter par Hong Kong, Macao ou un pays tiers. Ce n'est donc que très récemment que Taiwan a accepté de traiter directement avec la Chine, comme le font tous les autres pays de la planète. Ce rapprochement économique s'est surtout fait durant la présidence de M. Ma du KMT, mais Mme Tsai n'y a pas mis fin. Par contre, elle a mis les freins à une plus grande intégration économique de Taiwan et de la Chine.

Le discours du DPP aux électeurs Taiwan est très critique de la Chine et il insiste surtout sur le projet d'indépendance de l'ile (ce qui est déjà une réalité). Mais dans les faits, aujourd'hui, Mme Tsai a lancé un message de dialogue et de paix à la Chine. Bref, c'est le même message réaliste que le KMT, sauf qu'elle cherchera à réduire (un peu) les liens économiques avec la Chine, ce qui sera surtout au détriment de Taiwan, mais lui permettra de dire qu'elle est intransigeante et que le KMT est pro-Chine. En fait, l'idée libérale du KMT est que plus deux pays commercent librement, plus ils ont besoin l'un de l'autre et moins ils ont intérêt à se faire une guerre militaire.

Friday, January 10, 2020

Tout ce que vous pensez savoir sur les élections présidentielles à Taiwan est faux

En meeting de campagne, Tsai Yingwen a expliqué il y a quelques jours que les électeurs de Taiwan devaient voter pour elle afin de ne pas réjouir le parti communiste à Pékin. Elle reprend donc à son compte l'idée que la Chine craindrait surtout le parti 'indépendantiste', 'progressiste' et 'démocratique' DPP et qu'elle est amie avec le parti nationaliste KMT. Dans ces 2 phrases, tout est faux.

1. Demander aux électeurs de voter pour fâcher un autre pays est un mauvais argument électoral. L'électeur doit d'abord voter pour celui ou celle qui améliorera sa condition et son pays en général. On ne vote pas pour faire plaisir ou fâcher un autre pays. Le fait de vouloir que son vote ne réjouisse pas autrui a un nom: c'est l'envie. C'est l'incapacité d'accepter le bonheur d'autrui.

2. Le DPP n'est pas un parti indépendantiste. Les partis indépendantistes vous les trouvez dans des régions qui subissent l'occupation d'une puissance étrangère (Catalogne, pays Basque, Québec...) Or, Taiwan est complètement indépendant de la Chine. Le parti communiste de Pékin ne dispose d'aucune autorité sur l'ile. Taiwan a sa propre monnaie, son passeport, son drapeau, son hymne... et sa propre armée. La seule chose que Taiwan n'a plus, c'est un siège à l'ONU, mais cela n'est pas forcément une grande perte quand on voit la composition de la commission des droits de l'homme!

3. Le DPP n'est pas un parti indépendantiste (2) et ni Chen ShuiBian (2000-2008) ni Tsai (2016-2020) n'ont déclaré l'indépendance de Taiwan durant leurs présidences.

4. Le DPP n'est pas un parti progressiste. Il se veut écolo et a arrêté la construction de la 4ème centrale nucléaire. A la place, il subventionne le solaire et les turbines à vent tant et si bien qu'en 2018 Taiwan connut sa première panne électrique générale! Le DPP avait la main mise sur les villes du sud de l'ile et ce sont les plus mal gérées, celles qui se développent le moins bien.

5. Le DPP n'est pas un parti démocratique. Arrivée au pouvoir en 2016, Tsai a gelé les avoirs financiers du KMT sous prétexte d'enrichissement illégal durant la période dictatoriale où le KMT et l'Etat ne faisaient qu'un. Or, le problème n'est pas tant que le KMT a pris de l'argent aux Taiwanais (le pays était extrêmement pauvre après la seconde guerre mondiale, quand le Japon l'a rendu à la Chine après 50 ans d'occupation). Le vrai point de contentieux, c'est que le KMT de Chang Kai-Shek est parti de Chine avec beaucoup d'or, de familles fortunées, instruites, et de nombreux trésors de Chine Continentale. (Voir le Musée du Palais National de Taiwan qui contient la collection des empereurs de Chine). Mais il n'est pas question pour le DPP (ni pour le KMT) de rendre quoi que ce soit à la Chine!

Ajout du 11 janvier: le DPP n'a pas respecté le vote des électeurs dans les référendums organisés en 2018 (sur le mariage gay et la reprise de la construction d'une centrale nucléaire).

Voyez vous-même comment Taiwan a prospéré depuis 1950. C'est l'un des 3 rares pays a avoir multiplié son PIB par plus de 30 en 66 ans! Si le KMT est devenu riche, c'est car il l'était déjà en arrivant à Taiwan et il a su en faire profiter toute l'ile:



Le gel des avoirs du KMT n'a toujours pas été résolu après plus de 3 ans. Les nombreux retraités du parti n'ont pas touché leur retraite depuis le début du gel! Dans ces conditions le parti a du mal à faire campagne.

6. La Chine communiste et le KMT ne pas sont amis. Le KMT n'a pas oublié que s'il a du quitter la Chine continentale, c'est car les communistes tuaient ses troupes. Les Chinois qui sont venus à Taiwan avec Chang Kai-Shek ont perdu toutes leurs propriétés en Chine. Ils se sentent certes Chinois, mais ce n'est pas de l'amour qu'ils ont pour les communistes! C'en est presque comique de voir des journalistes de gauche (pléonasme) dire que les nationalistes sont proches des communistes et que le parti 'progressiste' (de gauche) DPP serait son adversaire! Si le KMT n'est pas opposé à une réunification, c'est qu'il espère un changement de régime en Chine et plus de démocratie! Ce n'est pas pour devenir vassal de son pire ennemi, celui contre lequel il a versé un lourd tribut de sang.

7. La Chine ne craint pas le DPP et ses velléités indépendantistes pour la simple raison que Taiwan est déjà indépendant. En plus, si les faucons de Pékin voulaient attaquer l'ile militairement, il leur serait bien plus simple de justifier cela avec le DPP au pouvoir. Et si Pékin sait attendre, alors la politique du DPP d'isolation de l'ile vis-à-vis de la Chine et ses politiques plutôt à gauche conduiront à l'affaiblissement économique et donc militaire de l'ile.
Un Taiwan qui se considère comme une petite ile d'Asie du Sud Est ne pose pas de grand challenge à Pékin.

8. La Chine a tout à craindre du KMT et de la République de Chine (le nom officiel de Taiwan). L'existence même du KMT et la réussite économique et démocratique de l'ile est un miroir qui fait mal à Pékin. Le KMT peut inspirer le pluripartisme en Chine et mettre à mal l'emprise des communistes sur le pays. Les touristes Chinois à Taiwan sont un gain économique et diplomatique pour le KMT et la démocratie. Cela leur montre clairement que le fait d'être chinois ne les condamne pas à la dictature.

Conclusion: Les sondages donnent Tsai vainqueur demain. Dans 24h, nous saurons si les électeurs Taiwanais ont été bernés (ou non) par la propagande des médias. Et puis c'est toujours difficile de battre un président en exercice...

Wednesday, December 11, 2019

Bloquer les retraites à 13.8% du PIB et la taille du gateau

A l'occasion du débat sur les retraites, j'entends une bêtise qui frise le mensonge et en dit long sur l'absence d'éducation économique en France. En bloquant la part de la production nationale (13.8%) consacrée aux retraités, on va nécessairement appauvrir les retraités, car ils seront de plus en plus nombreux avec l'allongement de l'espérance de vie (et la baisse de la natalité. Le raisonnement semble logique: plus de monde pour une même part de gateau, cela signifie que la part de chaque retraité va baisser.

Ce raisonnement se tient si on considère que le PIB va rester constant dans le futur. C'est vrai qu'il stagne en France depuis de nombreuses années. Mais dans une économie forte, il serait possible de faire augmenter le PIB aussi vite que le nombre de retraités et cela permettrait donc d'assurer un revenu égal à celui des retraités actuels. Et augmenter la part qu'on donne aux retraités ne signifie pas non plus qu'ils recevront plus. Si la population active chute et la richesse produite baisse de 50%, il y aura mécaniquement moins d'argent pour les retraités, à moins de vouloir complètement spolier les actifs!

La taille du gateau est donc essentielle, et même s'il est plutôt stable dernièrement, rien ne nous assure que ce sera encore le cas quand la population active baissera. Or, ce dernier point montre bien que la façon dont nous organisons la retraite a/aura un impact dynamique sur la richesse du pays. Or, on ne parle pas assez de cette relation entre la retraite et le PIB. Comment faire pour augmenter le PIB dans le futur? Comment faire pour que la retraite aide au développement économique du pays, plutôt qu'il ne soit un frein, un boulet?

L'argument que les retraités font tourner l'économie car ils dépensent leur argent en France ne tient plus car beaucoup vont vivre au Portugal, en Grèce, en Espagne ou font de beaux voyages. Et s'il suffisait de dépenser de l'argent pour faire tourner l'économie, les politiques keynesiènnes des 40 dernières années auraient su éliminier le chômage.

Non, la seule source de richesse, c'est la productivité. Produire plus d'aliments pour donner à manger à une population mondiale qui croit. Produire plus de logements pour les loger. Produire plus de services aussi. Or, comment peut-on augmenter la productivité dans une entreprise ou un pays? Cela se fait souvent par les inventions et les investissements. Par exemple, l'invention de robots qui automatisent les tâches répétitives permet de produire plus avec une main d'oeuvre égale. Mais cela demande aussi des moyens financiers, car construire automatiser des usines est un investissement.

La formation et l'éducation sont donc essentiels. Un travailleur bien formé est plus productif qu'un travailleur sans formation. Ici, les retraités pourraient prendre un rôle de formateur qui leur permettrait d'avoir une occupation moins pénible en fin de carrière.

L'autre interaction entre retraite et productivité est l'investissement. Dans un système par répartition, l'argent passe simplement des actifs aux retraités. C'est un jeu à somme nulle. Ce qui est perdu par les actifs est gagné par les retraités. Cela ne contribue donc pas à créer de nouvelles richesses.
Dans un système par capitalisation, par contre, les économies des actifs deviennent des investissements et contribuent donc au développement économique. Ne pas vouloir passer progressivement à un système par capitalisation, c'est donc ralentir le développement du pays et faire en sorte que ce soient les fonds de pension étrangers qui contrôlent de plus en plus les grandes entreprises françaises!