Monday, July 24, 2023

Le modèle de la Chine pour l'Afrique peut sauver l'Europe


 A la suite des émeutes de juin, j'ai relevé un commentaire intéressant sur Twitter. Il s'agit d'un compte d'un Américain pro Pékin qui dit que la France a besoin de la Chine pour retenir les Africains en Afrique. En effet, la Chine contribue au développement de l'Afrique en y étant le premier investisseur étranger et en investissant 6 fois plus que les Etats-Unis. Cette idée originale mérite d'être creusée tandis que les migrants économiques d'Afrique continuent d'affluer à Lampedusa grâce aux bateaux des humanitaires trafiquants. L'invasion migratoire reste l'un des grands défi de l'Europe. Or, pour y remédier, mieux protéger nos frontières et réduire les incitations financières à venir ne suffit plus. Il faut non seulement travailler à tarir le flux des départs en améliorant les conditions de vie en Afrique, mais aussi inciter les retours au pays.

L'Afrique connait une explosion démographique qui met en péril l'Europe toute entière si elle n'arrive pas à se développer suffisamment pour retenir toute sa population. Or, l'expérience de la Chine Populaire montre qu'il est possible de sortir un pays de la pauvreté extrême en l'espace d'une génération. Cela tombe bien que la Chine Populaire se tourne de plus en plus vers l'Afrique pour y délocaliser ses usines les plus basiques (chaussures, textile, extraction minière...) au moment où les salaires chinois décollent et sa population vieillit. Pour la Chine, il suffit d'appliquer les méthodes qui ont fonctionnées chez elle. Politiquement, elle peut convaincre les régimes Africains qu'ils resteront au pouvoir et s'enrichiront si ils suivent ses plans. Voilà qui les convaincra plus facilement que l'idée occidentale de démocratie où leur pouvoir est remis en jeu régulièrement. 

Le développement de l'Afrique n'est pas une chimère. Les famines ont quasiment disparu et le PIB augmente. Il est passé de 2059 milliards d'USD en 2010 à 2980 milliards d'USD en 2022. Mais si c'est l'un des derniers continents à se développer, c'est qu'il a des handicaps et part de loin. Notre objectif est donc modeste. Il ne s'agit pas d'en faire un nouveau Japon, mais d'y rendre la vie suffisamment moderne et agréable pour que l'immigration tarisse. Cela aura même des conséquences positives sur le climat, car une Afrique plus prospère pourra passer au solaire, au gaz ou au nucléaire pour remplacer le bois et le charbon qui sont particulièrement polluant. 

Le modèle autoritaire de la Chine peut donc avoir son utilité pour l'Afrique, même si nous ne le désirons pas pour notre Europe démocratique. Les Chinois y vont sans s'encombrer des reproches de racisme ou de colonialisme. Tout ce qu'ils veulent, c'est faire des affaires. Ils n'y vont ni pour en faire des Chinois, ni pour les convertir au Taoïsme ou au Bouddhisme ou au Maoïsme. L'Europe ferait bien de ne pas leur mettre des bâtons dans les roues, sauf à proposer des projets similaires de développement qui profiteraient à nos entreprises et aux consommateurs Européens (grâce aux prix bas des produits made in Africa!) L'Europe doit elle se concentrer sur les industries à forte valeur ajoutée et des projets ne nécessitant pas une immigration non qualifiée.

Pendant que l'Afrique se développe et crée de nouvelles opportunités, la France peut changer son discours quant au retour des immigrés d'Afrique et du Moyen-Orient. Concernant les criminels, les expulsions continueront à être des punitions. Mais il faut plutôt parler de 'retour au pays' que de remigration, terme péjoratif, car trop connoté par l'extrême droite. En fait, ce que les émeutes des banlieues ont montré, c'est que le mouvement de vivre en communauté concerne autant les immigrés et les Français de souche. Le multiculturalisme est un échec. Tous préfèrent vivre entourés des leurs, car l'homogénéité ethnique et culturelle favorise la confiance réciproque et donc la vie en société. C'est pourquoi on voit certains HLM remplis d'Algériens, d'autres de Gabonais, de Maliens, que les Chinois sont très présents dans le 13è arrondissement et les bourgeois à Neuilly!

La gauche et la droite sont quasiment d'accord qu'il y a trop d'immigrés en France et que plus ils sont nombreux, moins ils sont assimilables. Il y a donc un consensus pour inciter une grande partie à repartir. Les arguments positifs ne manquent pas. On peut en appeler à leur ambition et leur rappeler cette devise de César: "Mieux vaut être le premier dans son village que le second à Rome." Leurs chances de faire partie de l'élite sont bien plus grandes dans leur pays d'origine qu'en France. On peut en appeler à leur orgueil et les valoriser comme des héros qui viennent développer leur pays d'origine et sortir les leurs de la pauvreté et de l'ignorance. On peut en appeler à leur désir de richesse en leur faisant miroiter un accès plus simple à la propriété avec les économies qu'ils ramènent de France. Les premiers à rentrer en Afrique auront le plus grand choix et profiteront des prix les plus bas! L'immobilier a cartonné en Chine lorsque l'économie s'est envolée! Mais surtout, il y a le bonheur de vivre dans le pays de ses ancêtres, entouré de gens qui parlent comme vous et ont les mêmes coutumes.

En conclusion, la conjonction du phénomène de la mondialisation et de l'expansion chinoise en Afrique peuvent jouer un rôle positif pour le développement du continent Africain et donc aussi pour la réduction de son émigration, voire même pour un retour d'immigrés qualifiés. Mais cela demandera un changement de paradigme pour les Français. Au lieu de chercher à attirer de manière permanente des 'chances pour la France' depuis des pays francophones pauvres, il faut voir leur séjour en France comme un temps de formation à durée limitée qui leur permettra d'aider le développement de leur pays. Mais nous en bénéficierons indirectement par les richesses qu'ils pourront échanger avec nous et par le renversement des flux migratoires. Une Afrique plus chinoise permettra, je l'espère, de rendre la France plus française!

Saturday, July 22, 2023

The case for Mainland China


This is a difficult article to write as it goes against my beliefs in individual freedom. It also may seem incongruous to write positively about Mainland China when one lives in Taiwan, under the threat of its military. I have lived 27 years in Taiwan and I love this island. I hope it can continue to live in peace with its 1.4 billion neighbors on the Mainland. That's my motivation to help diffusing the increasing tensions between the US and China. That's why I'm writing this article in English instead of French. And since acts speak louder than words, I will focus facts rather than story telling. 

So let's have a look at what China has become since Tian An Men happened on June 4th, 1989. This date is important, because this marks the last massacre of civilians in China and it's continuously mentioned as a point of criticism towards the Chinese leadership. The unofficial numbers of people killed ranges from 200 to 10,000 or more. This death toll of Tian An Men is dwarfed by the three years of the Great Famine that killed between 15 million and 55 million people in the years 1959 to 1961. This is what pure evil looks like. Several thousand people in a country of over a billion people is the death toll one expects every year to maintain order in a dictatorship. The comparison is flawed, because we're not comparing the same situations, but let's put it in perspective with the US police killing about 1000 civilians every year.

The West criticizes the Beijing authorities for keeping the Tian An Men a secret and refusing to apologize and take responsibility. But what I find remarkable is that since 1989, there has been no other such incident in China. There have been protests and (arbitrary) arrests, but nothing that came close to Tian An Men. And we can also interpret the secrecy around the event as a recognition of guilt and shame. The Communist leadership knows this was wrong and the fact that it was a one time event shows that they have striven to improve their behavior and give the Chinese people fewer reasons to revolt. The Chinese Communist Party probably understands that its grip on power is fragile and rests on its effective and successful leadership of the country. So, how effective and successful has Beijing been since 1990?

1. The economy

From 1990 to 2021, China's GDP grew from USD360 billion to USD 17.7 trillion by 13.7% annually. This is much faster than Vietnam (9.7%) in Asia or even former communist countries that would join the EU: the Czech Republic (8.9%), Romania (8.7%), Poland (8.5%), Lithuania (6.5%), Estonia (6.2%), Hungary (4.6%), Russia (4.5%). So, from a purely economic point of view, the CCP can boast that its one party rule has ushered (much) faster growth than the democratic rule of similar former communist nations. This has benefited the poor as China went from an extreme poverty rate above 60% in 1990 to nil nowadays. This means that over 600 million people have escaped poverty at a very quick pace thanks to this roaring economy.  

This is very different from the situation of most Soviet dictatorships before the  fall of the wall: countries with little growth, with rich apparatchiks on one hand and poor citizens on the other.

The economic growth of China also compares very favorably to poor, but democratic India (7.5% per year growth), rich South Korea (5.2%), the USA (3.9%), Germany (3.8%), the UK (3.5%), France (2.4%) or Japan (2.4%). Let's just note that none of these countries has become poorer while China got richer. It's the pie that became larger.

2. Freedom of movement 

Freedom of movement is something that was lacking in communist countries before 1989. In this regard, China has certainly improved a lot. Before the Covid, in 2019, China tourists numbered 155 million! Not only were they allowed to leave the country, but they also would return to China, which isn't something you would have expected former citizens of the German Democratic Republic (aka DDR) to do.

3. Intellectual Property Rights (IPR) and culture

For a long time, the West criticized China for copying and stealing Western technology and IPR. They were benefiting from the West's efforts and were saving money, because they didn't have to invest in R&D. Actually, for the French luxury makers, the fake Chinese replicas have been free advertisement and now that Chinese customers can afford the real Vuitton, they purchase them and enrich Bernard Arnaud! As for research, China has overtaken the USA in contribution to research in Nature Index. China isn't a free rider anymore, but has turned into a talented competitor. The quality of its universities and student deserves a lot of praise.

This brings us to another change: the new generation of Chinese is much gentler and better educated than the generation that is now retiring (or has already retired). In Taiwan, under the Ma (KMT) administration (2008-2016), when there were lots of Chinese groups visiting the island, it was very easy to spot the Mainland Chinese: they were loud spoken and kind of rude. The explanation is that they had to fight for survival in their childhood, at a time of great turmoil. The young Chinese, on the other hand, are often single kids who received a lot of attention from their parents. A lot of expectations have been placed on them and they had to compete for top grades in school. In my personal experience, the post 1990 generation is smart, optimistic and polite. 

Living in Taiwan has also enabled me to get a glimpse of what the Chinese are watching on TV or their smartphones. I'm not talking about the news from the State TV, but the shows and series that are produced in China. What is striking is that these programs are not talking about politics. However, if you want to look for underlying political messages, you may notice that police is smart and on the citizens' side. That it pays to work hard. That corrupt business people end up in jail. That it's better to become a less paid teacher than a rich sales person. Recently, the number of gay characters has also been reduced in Chinese dramas, in order to shield the youth from questionable role models. While this censorship may be described as conservative, it doesn't strike me as more nefarious than what's going on in the leftist entertainment industry in Hollywood or France. Try to get a subsidy for a nationalist movie in France! But my main point is that the CCP is trying to make decent citizens much more than they are trying to turn them into loyal communists. 

4. Climate Change

Pollution is a more recent criticism from the West after it moved most of its heavy industries to China! Indeed, nowadays China is the largest consumer of coal worldwide:

An booming economy requires a lot of energy and coal has long been the fastest and cheapest way to increase energy production in China. The Chinese grid is still under so much stress from high energy demand that black outs are still common in China, especially in the hottest days of summer! Besides, on a per capita base, China's CO2 emissions are 9.7 tons. This is lower than Germany (10.6 t), Japan (10 t) or the USA (19.2 t) according to the UN.
We should also recognize that China has slowed down its coal consumption in recent years as it has invested heavily in renewables and nuclear plants. China's nuclear plants in construction or planning are as numerous as what's in construction/planned in the rest of the world! So, strong measures have already been taken and China is already the leader in Electric cars with 14.1 million units out of 25.9 million units in the whole world.

5. The military threat

So called experts point to the rising military expenditures of China to raise the alert about China's growing military threat. However, a closer look at defense spending shows that China's spending is lower than US both in absolute numbers (USD 292 billion vs USD 877 billion in 2022) and as a percentage of GDP 1.6% vs 3.5%: 


The other fact we should bear in mind is that the last time that China conducted a military operation outside its borders was 1979! It's the permanent member of the UN Security Council (the others are USA, Russia, UK, France) with the most peaceful track record since 1990. It even brokered a peace deal between Saudi Arabia and the Iran recently.

6. Democracy

I almost forgot about this last point! Actually, I think that the Chinese will switch to the democratic system as soon as they'll think that it will bring them more advantages than the current one party system. However, as they compare with the West, the Chinese people can see that democracies have quite a lot of flaws and are far from perfect. Like many people on the right in the US, the EU and in France, I feel that the country is governed by a 'deep State', a perpetual bureaucracy that remains in power no matter who's in office. Maybe the one party system is a more honest and efficient version of our 'deep State'!? Compared to China, what we call democracies don't grow their economies faster, don't educate their people better, don't protect their border tighter, don't keep the streets safer, don't protect the value of their currency better against inflation... 

Maybe the USA and most Western countries should start to clean up their own affairs before berating China on how it chooses its leaders. Ours resemble a drunken man giving sobriety lessons to someone who's been sober for 30 years!

Conclusion

Since 1990, the CCP has delivered great results to its people in terms of wealth, property rights, education security and the fight against pollution. There's still lot of progress that can be made, of course, but the current talk of China as a great threat to the world seems completely overblown when we examine the facts.

Added on February 13th, 2025

7. Protecting savings

Since 2012, the Chinese Central Bank has been the only one that continues to pay savers properly in the face of time and inflation. The US central banks and the ECB are the ones that allow the plundering of savers.

En défense de la Chine Populaire


C'est un article difficile à écrire car il va à l'encontre de mes convictions en matière de liberté individuelle. Il peut également sembler incongru d'écrire un article positif sur la Chine Populaire alors que l'on vit à Taïwan, sous la menace de son armée. J'ai vécu 27 ans à Taïwan et j'aime cette île. J'espère qu'elle pourra continuer à vivre en paix avec ses 1,4 milliard de voisins sur le continent. C'est ce qui me motive à contribuer à l'apaisement des tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine. C'est pourquoi j'écris cet article en anglais (et l'ai traduit en français). Et comme les actes sont plus éloquents que les mots, je me concentrerai sur les faits plutôt que sur les histoires. 

Voyons donc ce que la Chine est devenue depuis l'attentat de Tian An Men, le 4 juin 1989. Cette date est importante, car elle marque le dernier massacre de civils en Chine et elle est constamment mentionnée comme un point de critique à l'égard des dirigeants chinois. Le nombre officieux de personnes tuées va de 200 à 10 000 ou plus. Le nombre de morts de Tian An Men est bien inférieur aux trois années de la Grande Famine qui a tué entre 15 et 55 millions de personnes dans les années 1959 à 1961. Voilà à quoi ressemble le mal à l'état pur. Quelques milliers de personnes dans un pays de plus d'un milliard d'habitants, c'est le nombre de morts auquel on s'attend chaque année pour maintenir l'ordre dans une dictature. La comparaison est boiteuse, car nous ne comparons pas les mêmes situations, mais rappelons que la police américaine tue environ 1000 civils par an.

L'Occident critique les autorités de Pékin pour avoir gardé le secret sur l'affaire Tian An Men et pour avoir refusé de s'excuser et d'assumer ses responsabilités. Mais ce que je trouve remarquable, c'est que depuis 1989, il n'y a pas eu d'autre incident de ce type en Chine. Il y a eu des protestations et des arrestations (arbitraires), mais rien de comparable à Tian An Men. Nous pouvons également interpréter le secret qui entoure l'événement comme une reconnaissance de la culpabilité et de la honte. Les dirigeants communistes savent qu'ils ont mal agi et le fait qu'il s'agisse d'un événement ponctuel montre qu'ils se sont efforcés d'améliorer leur comportement et de donner au peuple chinois moins de raisons de se révolter. Le parti communiste chinois comprend probablement que son emprise sur le pouvoir est fragile et qu'elle repose sur l'efficacité et la réussite de sa gestion du pays. Alors, quelle a été l'efficacité et la réussite de Pékin depuis 1990 ?

1. L'économie

Entre 1990 et 2021, le PIB de la Chine est passé de 360 milliards de dollars à 17 700 milliards de dollars, soit une croissance annuelle de 13,7 %. C'est beaucoup plus rapide que le Vietnam (9,7 %) en Asie ou même que les anciens pays communistes qui allaient rejoindre l'UE : la République tchèque (8,9 %), la Roumanie (8,7 %), la Pologne (8,5 %), la Lituanie (6,5 %), l'Estonie (6,2 %), la Hongrie (4,6 %), la Russie (4,5 %). Ainsi, d'un point de vue purement économique, le PCC peut se vanter que son régime de parti unique a permis une croissance (beaucoup) plus rapide que les régimes démocratiques d'anciennes nations communistes similaires. Cela a profité aux pauvres, puisque la Chine est passée d'un taux d'extrême pauvreté supérieur à 60 % en 1990 à un taux nul aujourd'hui. Cela signifie que plus de 600 millions de personnes ont échappé à la pauvreté à un rythme très rapide grâce à cette économie florissante.

Cette situation est très différente de celle de la plupart des dictatures soviétiques avant la chute du mur : des pays à faible croissance, avec des apparatchiks riches d'un côté et des citoyens pauvres de l'autre.

La croissance économique de la Chine se compare également très favorablement à celle de l'Inde, pauvre mais démocratique (7,5 % de croissance par an), de la riche Corée du Sud (5,2 %), des États-Unis (3,9 %), de l'Allemagne (3,8 %), du Royaume-Uni (3,5 %), de la France (2,4 %) ou du Japon (2,4 %). Notons simplement qu'aucun de ces pays ne s'est appauvri pendant que la Chine s'est enrichie. C'est le gâteau qui s'est agrandi.

2. La liberté de circulation 

La liberté de circulation est un élément qui faisait défaut dans les pays communistes avant 1989. À cet égard, la Chine s'est certainement beaucoup améliorée. Avant la Covid, en 2019, les touristes chinois étaient au nombre de 155 millions ! Non seulement ils étaient autorisés à quitter le pays, mais ils revenaient également en Chine, ce qui n'est pas quelque chose que l'on aurait attendu des anciens citoyens de la République Démocratique Allemande (RDA).

3. Droits de propriété intellectuelle (DPI) et culture

Pendant longtemps, l'Occident a reproché à la Chine de copier et de voler la technologie et les DPI occidentaux. Ils bénéficiaient des efforts de l'Occident et économisaient de l'argent, car ils n'avaient pas à investir dans la recherche et le développement. En fait, pour les fabricants français de produits de luxe, les fausses répliques chinoises ont constitué une publicité gratuite et, maintenant que les clients chinois peuvent s'offrir les vrais Vuitton, ils les achètent et enrichissent Bernard Arnaud ! En ce qui concerne la recherche, la Chine a dépassé les États-Unis en termes de contribution à la recherche dans Nature Index. La Chine n'est plus un passager clandestin, elle est devenue un concurrent talentueux. La qualité de ses universités et de ses étudiants mérite d'être saluée.

Cela nous amène à un autre changement : la nouvelle génération de Chinois est beaucoup plus douce et mieux éduquée que la génération qui prend actuellement sa retraite (ou qui l'a déjà prise). À Taïwan, sous l'administration Ma (KMT) (2008-2016), lorsque de nombreux groupes chinois visitaient l'île, il était très facile de repérer les Chinois du continent : ils parlaient fort et étaient plutôt grossiers. Cela s'explique par le fait qu'ils ont dû se battre pour survivre dans leur enfance, à une époque de grands bouleversements. Les jeunes Chinois, quant à eux, sont souvent des enfants uniques qui ont reçu beaucoup d'attention de la part de leurs parents. On attendait beaucoup d'eux et ils devaient se battre pour obtenir les meilleures notes à l'école. D'après mon expérience personnelle, la génération d'après 1990 est intelligente, optimiste et polie. 

Le fait de vivre à Taïwan m'a également permis d'avoir un aperçu de ce que les Chinois regardent à la télévision ou sur leur smartphone. Je ne parle pas des nouvelles de la télévision d'État, mais des émissions et des séries produites en Chine. Ce qui est frappant, c'est que ces programmes ne parlent pas de politique. Cependant, si vous voulez chercher des messages politiques sous-jacents, vous pouvez remarquer que la police est intelligente et du côté des citoyens. Qu'il est payant de travailler dur. Que les hommes d'affaires corrompus finissent en prison. Qu'il vaut mieux devenir un enseignant moins bien payé qu'un riche vendeur. Récemment, le nombre de personnages homosexuels a également été réduit dans les dramatiques chinoises, afin de protéger les jeunes de modèles douteux. Bien que cette censure puisse être qualifiée de conservatrice, elle ne me semble pas plus néfaste que ce qui se passe dans l'industrie du divertissement gauchiste à Hollywood ou en France. Essayez d'obtenir une subvention pour un film nationaliste en France ! Mais ce que je veux dire, c'est que le PCC essaie de faire des citoyens honnêtes bien plus qu'il n'essaie de les transformer en communistes loyaux. 

4. Le changement climatique

La pollution est une critique plus récente de l'Occident, qui a délocalisé la plupart de ses industries lourdes en Chine ! En effet, la Chine est aujourd'hui le plus grand consommateur de charbon au monde :
Une économie en plein essor nécessite beaucoup d'énergie et le charbon a longtemps été le moyen le plus rapide et le moins cher d'augmenter la production d'énergie en Chine. Le réseau électrique chinois est encore tellement sollicité par la forte demande d'énergie que les pannes d'électricité sont encore fréquentes en Chine, surtout pendant les jours les plus chauds de l'été ! Par ailleurs, les émissions de CO2 par habitant en Chine s'élèvent à 9,7 tonnes. Ce chiffre est inférieur à celui de l'Allemagne (10,6 t), du Japon (10 t) ou des États-Unis (19,2 t), selon les Nations Unies.
Il faut également reconnaître que la Chine a ralenti sa consommation de charbon ces dernières années, car elle a investi massivement dans les énergies renouvelables et les centrales nucléaires. Les centrales nucléaires chinoises en construction ou en projet sont aussi nombreuses que celles en construction ou en projet dans le reste du monde ! Des mesures énergiques ont donc déjà été prises et la Chine est déjà le leader dans le domaine des voitures électriques avec 14,1 millions d'unités sur 25,9 millions d'unités dans le monde entier.

5. La menace militaire

Les soi-disant experts mettent en avant l'augmentation des dépenses militaires de la Chine pour alerter sur la menace militaire croissante de la Chine. Toutefois, un examen plus approfondi des dépenses de défense montre que les dépenses de la Chine sont inférieures à celles des États-Unis, tant en chiffres absolus (292 milliards d'USD contre 877 milliards d'USD en 2022) qu'en pourcentage du PIB (1,6 % pour la Chine contre 3,5 % pour les USA) :


L'autre fait que nous devons garder à l'esprit est que la dernière fois que la Chine a mené une opération militaire en dehors de ses frontières, c'était en 1979 ! La Chine est le membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies (les autres sont les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni et la France) qui affiche le bilan le plus pacifique depuis 1990. Elle a même récemment négocié un accord de paix entre l'Arabie saoudite et l'Iran.

6. La démocratie

J'avais presque oublié ce dernier point ! En fait, je pense que les Chinois passeront au système démocratique dès qu'ils penseront qu'il leur apportera plus d'avantages que le système actuel de parti unique. Cependant, en comparant avec l'Occident, les Chinois peuvent voir que les démocraties ont beaucoup de défauts et sont loin d'être parfaites. Comme beaucoup de gens de droite aux États-Unis, dans l'Union européenne et en France, j'ai le sentiment que le pays est gouverné par un "État profond", une bureaucratie perpétuelle qui reste au pouvoir quel que soit les élus. Peut-être que le système de parti unique est une version plus honnête et plus efficace de notre "État profond" ? Par rapport à la Chine, ce que nous appelons les démocraties ne développent pas leur économie plus rapidement, n'éduquent pas mieux leur population, ne protègent pas plus étroitement leurs frontières, ne rendent pas les rues plus sûres, ne protègent pas mieux la valeur de leur monnaie contre l'inflation... 

Les États-Unis et la plupart des pays occidentaux devraient peut-être commencer à mettre de l'ordre dans leurs propres affaires avant de reprocher à la Chine la façon dont elle choisit ses dirigeants. Les nôtres ressemblent à un homme ivre donnant des leçons de sobriété à quelqu'un en rémission depuis 30 ans !

Conclusion

Depuis 1990, le PCC a obtenu de très bons résultats pour sa population en termes de richesse, de droits de propriété, de sécurité de l'éducation et de lutte contre la pollution. Il y a encore beaucoup de progrès à faire, bien sûr, mais le discours actuel sur la Chine comme menace pour le monde semble complètement exagéré lorsque l'on examine les faits.

Ajout du 13 février 2025

7. La protection de l'épargne

Depuis 2012, la Banque Centrale Chinoise est la seule qui continue de rémunérer correctement les épargnants face au temps et à l'inflation. Les banques centrales US et la BCE sont celles qui permettent la spoliation de l'épargnant.

Wednesday, July 5, 2023

"Le bilan est globalement positif"!?


Comme vous je connais des Français d'origine musulmane qui bossent bien, vivent décemment et ne leur souhaite que du bonheur. Mais parler d'eux actuellement ne sert qu'à justifier de ne rien changer à notre politique en matière d'immigration. Cela me fait penser que dans les pays soviétiques il y avait aussi des gens talentueux et bons issus de ce système:  Gagarine, les profs, les ingénieurs, les musiciens, les athlètes... Mais il fallait s'appeler Georges Marchais (premier secrétaire du PCF) pour affirmer en 1990, 'le bilan des pays communistes de l'Est de l'Europe est globalement positif'! Non, le bilan du communisme est tellement affreux que ce système s'est écroulé en quelques mois dans toute l'Europe. 
Le fait que certains immigrés se soient bien assimilés en France ne signifie pas que le bilan de l'immigration extra-européenne est 'globalement positif'! Ce raisonnement est faux! Primo, l'immigration d'Afrique (et surtout musulmane) est globalement négative! C'est même une catastrophe et chacun de ces symptômes le montre:
- émeutes, 
- ensauvagement, 
- terrorisme, 
- l'islam qui s'étend inexorablement, 
- trafic de drogue, 
- les territoires perdus
- difficultés d'enseigner des enfants hétérogènes. 
etc.

Secundo, il faut voir l'immigration dans sa globalité, car la France n'arrive pas à discriminer finement entre les bons et les mauvais immigrés musulmans. Comment savoir que les enfants ou petits-enfants de tel ou tel immigré musulman va vriller et se rebeller contre la France. Or, ils sont 69% à voter Mélenchon en 2022 quand ils votent (et ceux qui ne votent pas se sentent encore moins bien intégrés que les autres)! Et ce pourcentage de rejet de la France va en grandissant avec les jeunes, au lieu de baisser.

Tertio, ce n'est pas parce que l'Etat français mène une politique socialiste néfaste pour l'intégration et laxiste sur la répression pénale que l'on peut justifier de continuer l'immigration ou justifier la non intégration d'une partie grandissante des immigrés. La turpitude et les erreurs des uns n'excusent pas les crimes des autres. En effet, les Asiatiques ont fait face aux mêmes problèmes et eux ont globalement très bien réussi leur intégration. (Ex: la formidable réussite scolaire des enfants d'Asiatiques).

Conclusion: Les seules immigrations qui sont globalement positives sont les Européens (+US) et les Asiatiques. Cela ne veut pas dire qu'on a de la haine pour les musulmans bien intégrés. Au contraire, ils ont fait un effort considérable et on compatit à la mauvaise réputation que leur donne leurs congénères émeutiers ou islamistes. Ils seraient les premiers à profiter de l'arrêt de cette immigration et du départ des personnes de leur communauté qui ne veulent pas s'assimiler! 

Monday, June 26, 2023

Comment (bien) réussir sa désindustrialisation


Ce texte est une tentative de répondre au dossier de Charles Gave de l'excellent Institut des Libertés. Sa démonstration est d'une logique financière et économique implacable. Je ne vais donc pas la réfuter, mais je vais essayer de l'enrichir par deux dimensions qui n'apparaissent pas dans le dossier: l'éducation et l'immigration, mais dont il parle souvent dans des termes similaires par ailleurs. Par contre, je vais argumenter que la désindustrialisation était un processus inéluctable et bénéfique pour la France. Pour cela, je vais distinguer entre les industries lourdes, polluantes et générant peu de valeur ajoutée comme la sidérurgie, l'assemblage à la chaine ou l'habillement de masse, et les industries à forte valeur ajoutée comme le luxe, les hautes technologies, le nucléaire... Ainsi, même si la crise de la sidérurgie et du textile causèrent beaucoup de problèmes sociaux dans le Nord de la France et en Lorraine, la plupart des Français ne sont pas nostalgiques du travail à la chaine et c'est la raison pour laquelle ils n'ont pas sanctionné les dirigeants politiques responsables de cette première phase de la désindustrialisation.

En effet, comme elle était inéluctable et même souhaitable en termes de destruction créatrice schumpéterienne, mieux valait qu'elle eut lieu tôt que tard. La France et aucun pays de la CEE n'allait pouvoir concurrencer les salaires des dragons asiatiques (Corée du Sud, Taiwan, Singapour, Hong Kong) surtout quand ceux-ci et le Japon allaient progressivement délocaliser leurs industries de base vers la Chine Populaire où les salaires étaient encore plus bas. La théorie des avantages comparatifs de Ricardo nous montre que les industries qui emploient le plus de main d'œuvre sont surtout rentables dans les pays où les salaires sont bas (et l'éducation correcte). 

Durant les années de plein emploi, jusqu'à la fin des années 1970, la France a fait venir de nombreux immigrés d'Afrique (surtout du nord) pour répondre aux besoins de son industrie. Sa première erreur, lorsque le chômage toucha les grands bassins d'emploi, fut de continuer à faire venir des immigrés pour rester compétitif avec des salaires bas. Cette stratégie n'était pas viable sur le long terme, car pour avoir des salaires bas, il faut aussi que le coût de la vie soit bas, ce qui n'était pas le cas de la France. De plus, le pouvoir s'est empressé de mettre en place un SMIG/SMIC (salaire minimum interprofessionnel garanti/de croissance). Bref, le pouvoir politique (sous la pression des électeurs) a interdit au patronat de jouer la compétitivité par les bas salaires. Cette décision populaire de vouloir des salaires élevés devait logiquement aboutir à une réduction de l'offre de travail pour compenser la baisse de la demande de travail. Mais comme la France continua de faire venir des étrangers avec le regroupement familial, l'offre de travail progressa tandis que la demande baissait et aggrava le chômage, car le prix du travail ne pouvait plus équilibrer l'offre et la demande.

La seconde erreur de l'Etat français fut d'augmenter les dépenses de l'Etat pour pallier à ce chômage de masse. Cela prit 4 formes avec Mitterrand en 1981:

1. Augmentation des transferts sociaux vers les chômeurs (plus longtemps et plus de personnes),

2. Baisse de l'âge du départ à la retraite à 60 ans afin que les 'vieux' chômeurs n'entrent plus dans les statistiques du chômage, mais sortent de la population active.

3. Primes et subventions pour l'embauche de chômeurs. Ces mécanismes n'ont jamais permis de vraies créations d'emploi durable, mais elles ont coûté beaucoup d'argent à l'Etat.

4. Embauche massive de fonctionnaires et d'agents territoriaux.

Les deux premières mesures ont rendu les entreprises françaises encore moins compétitives, car le chômage et la retraite sont directement liés aux cotisations assises sur la masse salariale. Les deux autres mesures ont augmenté les dépenses de l'Etat, ce qui a coûté aux contribuables en impôts et en augmentation de la dette publique. Comme Charles Gave l'a montré, l'augmentation du poids de l'Etat fait mécaniquement baisser le poids du privé et la rentabilité des firmes.

La solution pour minimiser les problèmes financiers dus au chômage des gens les moins qualifiés était donc d'arrêter l'immigration et d'inciter les étrangers à retourner dans leurs pays d'origine. Cela pouvait même se faire de manière pro-active, comme les dragons asiatiques qui investirent en Chine pour profiter des bas salaires. Ainsi, les grandes entreprises françaises auraient pu utiliser les étrangers formés en France comme contremaitre, chefs d'atelier... dans leur pays d'origine. De même que pour la Chine, cette industrialisation de l'Europe du Sud et de l'Afrique du Nord aurait permis d'y établir une classe moyenne, d'y retenir ou faire revenir la jeunesse (80% des étudiants Chinois retournent en Chine après leurs études en Occident) et d'augmenter les échanges commerciaux avec toute l'Europe.

Maintenant que la France s'est débarrassée de ses industries vétustes, où trouver les ressources financières pour investir dans les technologies de pointe et les secteurs d'avenir en France? Par l'introduction d'une part de retraite par capitalisation et donc des fonds de pension Français puissants (au lieu de la retraite à 60 ans). Ces fonds auraient pu investir dans ce qu'on appellera plus tard les 'start up'. La France du début des années 1980 aurait été l'endroit idéal: le nucléaire nous assurait une indépendance énergique civile et militaire, nous étions pionnier technologique dans des domaines variés avec le TGV, le Minitel, Ariane...

L'autre source de financement, c'était de faire une croix sur les nationalisations de 1981 et de faire plus rapidement celles qui se firent plus tard (France Télécom, tout l'audiovisuel public et pas seulement TF1...) Cela aurait fait rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat et évité les augmentations de taxes et de la dette. Ces privatisations auraient aussi été l'occasion de stimuler la concurrence et la créativité des acteurs privés. La création de ces opportunités et un niveau constant du poids de l'Etat auraient permis de reconvertir les salariés sur le carreau dans d'autres activités lucratives. 

Un effort de formation aurait pu être entrepris en partenariat avec les firmes privées, et l'éducation nationale aurait simplement continué son modèle sélectif d'excellence au lieu de le niveler par le bas. La réduction de l'immigration extra-européenne aurait conduit à des classes d'âge moins nombreuses, plus homogènes et donc plus faciles à enseigner. Il suffisait donc de ne (presque) rien changer à l'éducation nationale, mais surtout d'arriver à empêcher l'expatriation de nos chercheurs, ingénieurs et entrepreneurs en leur fournissant un environnement propice à l'innovation:

1. des prélèvements obligatoires raisonnables et constants (surtout pas d'ISF),

2. un accès à du capital (les fonds de pension) pour investir et augmenter la productivité,

3. un accès à de la main d'œuvre bon marché en Europe du Sud et en Afrique du Nord pour y initier une croissance de leur niveau de vie qui permet d'augmenter la taille de l'économie mondiale et réaliser des économies d'échelle qui profitent à tout le monde,

4. des opportunités dans un secteur privatisé et donc libéré de la tutelle de l'Etat.

L'avantage de cette politique économique est qu'elle est compatible avec une monnaie forte, comme en Suisse, reflet de la force de notre économie.

Saturday, April 22, 2023

Climat, la part d'incertitude de Steven Koonin


Le réchauffement climatique sert de plus en plus de justification à de nombreuses politiques: impôts sur l'émission de carbone, la fin des moteurs thermiques, la transition énergétique... Mais qu'en est-il réellement de ce réchauffement? Quel est l'état actuel de nos connaissances? La hausse des températures est-elle aussi rapide et destructrice que l'annoncent les médias? Et quelle est la meilleure stratégie pour s'en prémunir?

L'intérêt de ce livre est qu'il a été écrit par un ancien professeur de physique et vice-président de la prestigieuse université Caltech, nommé par Obama au poste de sous-secrétaire d'Etat aux sciences dans le ministère de l'énergie. En sa qualité de chercheur, il a supervisé la publication de plus de 200 papiers de recherche en physique, informatique, énergie et sciences du climat. Bref, c'est un scientifique de très haut niveau qui a travaillé sur le thème du réchauffement climatique aussi bien du côté scientifique que du côté politique. Et bien qu'il soit une autorité de premier ordre, il n'utilise pas sa position pour asséner ses vérités, mais il entreprend un travail d'explication pour le lecteur. D'ailleurs, il est très critique des scientifiques qui utilisent leur autorité pour faire du catastrophisme dans le but de convaincre les citoyens à se mobiliser dans la lutte contre le réchauffement. Il regrette que de trop nombreux scientifiques soient de mèche avec les hommes politiques pour obtenir des subventions, une belle carrière, et n'œuvrent pas pour un débat serein et scientifique, mais préfèrent la manipulation du public par l'exagération et le catastrophisme.

Selon lui, les recherches scientifiques récentes s'accordent sur le fait que la température moyenne à la surface du globe est en train d'augmenter. Cependant, il fait quelques remarques rassurantes à ce sujet. D'abord, on observe surtout que les hivers sont plus doux au lieu que ce soient les étés qui deviennent plus chauds. De plus, du fait de l'urbanisation, les grandes villes deviennent plus chaudes et les citadins ont l'impression que le réchauffement climatique est plus intense qu'il ne l'est en moyenne sur le globe. 

Mais comment fonctionne le climat et quelles sont les influences humaines? Koonin explique que si la terre n'est pas une planète très chaude sur sa face ensoleillée et très froide sur sa face obscure, c'est grâce à son atmosphère. Cette dernière a deux actions. D'abord, par effet albédo, elle reflète environ 30% de la chaleur qui arrive du soleil, puis elle retient 80% de la chaleur émise par la surface du sol. Or, plus on utilise de charbon et plus il y a de particules fines dans l'air, plus l'atmosphère reflète la lumière du soleil! Cela ne veut pas dire que Koonin est pour l'utilisation du charbon, mais qu'il a l'honnêteté de relever que le charbon n'a pas qu'une action de réchauffement par l'émission de dioxyde de carbone, mais qu'il a aussi une action de refroidissement en augmentant l'effet albédo. De plus, si l'on compare la part de l'activité humaine à la chaleur générée par le soleil, notre contribution n'est que de 1% au système climatique! 

Nos émissions de CO2 sont l'activité humaine qui contribue le plus au réchauffement climatique. Puis viennent les émissions de méthane. Leur effet est 30 fois supérieur au CO2, mais on en produit beaucoup moins et le méthane disparait au bout de 12 ans, alors que le CO2 met des dizaines, voire des centaines d'années pour disparaitre. La bonne nouvelle concernant le CO2, c'est que nous étions arrivés à un point particulièrement bas si l'on regarde 600 millions d'années en arrière. De plus, même si on est actuellement à une concentration de 400 PPM de CO2 dans l'air, ce n'est que vers 1000 PPM que l'homme commence à trouver l'air difficile à respirer, et pour arriver à ce niveau, il faut compter 250 ans au rythme actuel.

Selon toutes les projections, les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas prêts de s'arrêter, car la population mondiale continue de croitre et elle demande à se développer économiquement. 

Dans les chapitres 3 et 4, Koonin s'attaque aux modèles mathématiques utilisés pour prédire le climat et les températures futures. Il montre que si la recherche affine de plus en plus ses modèles et que les super-ordinateurs font des calculs de plus en plus puissants, nos modèles n'arrivent pas encore à prendre en compte tous les facteurs qui affectent le climat. Ainsi, certains facteurs comme les nuages, l'humidité sont aussi importants, voire plus que nos émissions de gaz à effet de serre. En fait, plus nos modèles sont complexes, moins les résultats collent avec la réalité, moins ils arrivent à expliquer les changements de températures récents! Bref, le climat est tellement complexe que les chercheurs font encore beaucoup d'ajustements manuels à leurs modèles, ce qui explique qu'il y a de grandes divergences entre les modèles et qu'il est difficile de leur faire confiance. 

Dans le cinquième chapitre, Koonin s'attaque à l'hystérisation du débat en prenant chaque évènement climatique extrême comme preuve du réchauffement climatique. Il démontre que ces évènements sont des anomalies météorologiques et non climatiques. De plus, on observe plutôt des hivers doux, alors que le nombre de record de températures en été continue de baisser. De manière similaire, dans le chapitre 6, Koonin explique que la science ne permet pas de lier la force et la fréquence des tempête au réchauffement climatique. La même chose peut être dite pour les sécheresses ou les incendies. Et quant à la montée des océans, ce phénomène s'observe depuis 20,000 ans et n'a donc rien à voir avec l'activité humaine.

Au chapitre 9, Koonin remarque que le réchauffement climatique ne s'accompagne pas de catastrophes climatiques. Le nombre de morts causés par la sécheresse, les inondations, les tempêtes et les températures extrêmes ne fait que baisser depuis qu'on les mesure, il y a 100 ans. Les récoltes sont plus abondantes et la faim diminue dans le monde, bien que la population continue de croitre. L'impact du réchauffement sur la croissance économique est négligeable dans la grande majorité des études scientifiques. 

Alors pourquoi les média continuent-ils de sonner l'alarme et de citer les conclusions tonitruantes du GIEC ? Pour Koonin, les médias, les hommes politiques et la plupart des organisations non gouvernementales essaient de convaincre au lieu d'informer. D'ailleurs, il remarque un problème de taille avec les rapports du GIEC: la recherche est bonne, mais les conclusions de chaque chapitre ne sont pas forcément écrits par les scientifiques eux-mêmes et surtout, ils ne donnent pas lieu au même questionnement et aux mêmes révisions que le chapitre en question. Ainsi, ces conclusions grand public du GIEC exagèrent ou contredisent souvent la recherche! Et, malheureusement les scientifiques n'osent pas lever la voix, car ils sont alors vus comme des traitres à la cause. Koonin a pu en faire l'expérience lorsqu'il pointa des contradictions dans certains rapports du GIEC. 

En conclusion, l'auteur propose que les conclusions du GIEC soient soumises à un questionnement scientifique rigoureux. Pour lui, la science est en train de perdre en crédibilité et il trouve cela inquiétant pour la marche du progrès. Concernant le réchauffement climatique, Koonin est opposé à des solutions radicales qui devraient être imposées par la force politique et à une échelle mondiale pour pouvoir fonctionner. Il pense qu'il est bien plus rationnel de choisir la voie de l'adaptation au réchauffement. En effet, cette adaptation sera locale et donc plus efficace et bien acceptée qu'un plan décidé au niveau global. Plus nous serons riches et plus nos connaissances auront progressé, plus on aura de solutions pour limiter nos émissions. La plupart des pays développés ont déjà montré qu'il était possible d'augmenter la croissance économique sans augmenter les émissions de gaz à effet de serre. Cela devrait nous inciter à l'optimisme.

Friday, April 14, 2023

La chute d'un empire

C'est l'histoire d'un très grand pays. Son niveau technologique et ses arts n'ont pas d'égal. Mais ses dirigeants se sont embarqués dans une 'nouvelle politique' depuis une quarantaine d'année dont la mention de nouveauté devrait la rendre suspecte dans ce pays réputé conservateur. Cette 'nouvelle politique' consiste surtout à augmenter les prérogatives de l'Etat et son intervention dans la société. Pour financer de nouveaux programmes d'aide aux pauvres, aux écoles et aux armées, le gouvernement a augmenté les impôts, nationalisé et monopolisé certaines industries. Face à des catastrophes météorologiques, comme les inondations, le chef de l'Etat fait appel à la pensée magique religieuse au lieu d'approuver la construction de nouvelles digues. Et comme ses dépenses excèdent ses revenus, le gouvernement a augmenté la masse monétaire, ce qui a déclenché une inflation, puis une révolte populaire matée violemment par les forces de l'ordre. Puis, quand la guerre a éclaté face à un peuple barbare, l'Etat fut ruiné et ce fut la chute de ce dirigeant qui perdit sa liberté et la moitié de son pays !


Cette histoire ressemble fort à ce que nous vivons, mais il s'agit, en quelques lignes, de l'histoire de l'empereur Huizong, le dernier empereur de la dynastie des Song du Nord. Depuis bientôt l'an 1127, les Chinois se demandent comment cette catastrophe a pu avoir lieu. Est-ce parce que l'empereur était un artiste et un poète, bref, pas assez viril pour diriger l'armée ? Est-ce parce qu'il dépensait beaucoup d'argent pour la construction de temples, de parcs et d'objets de luxe ? Dans cette biographie, l'historienne Patricia Buckley Ebrey essaie de réhabiliter Huizong et ne pense pas que l'essentiel soit là. S'il est bien plus artiste que d'autres empereurs, Huizong ne fut pas le seul à composer des poèmes et à poursuivre ses rêves de grandeur. Elle ne donne pas réponse catégorique, car c'est une historienne nuancée et éditée par les presses de Harvard, un bastion de la gauche américaine. Aussi, je vous propose de connaitre l'histoire de cet empereur plus en détail.

Né en 1082, Huizong est le troisième fils de l'empereur Shenzong qui mourut en 1085. Le pouvoir passa au grand frère de Huizong, l'empereur Zhezong, mais celui-ci mourut en 1100 avant d'avoir pu enfanter un héritier. Et comme le second frère était aveugle, l'impératrice mère décida que ce serait Huizong le nouvel empereur. Ce dernier refusa plusieurs fois avant de finir par accepter, sous condition que sa mère officielle (sa mère naturelle était morte jeune) l'aide dans les premiers temps en assurant une régence commune. 

L'empereur chinois gouverne notamment au travers de son conseil d'Etat composé de plusieurs ministres et d'un chef nommé par l'empereur. La question la plus difficile que Huizong eut à trancher fut de savoir s'il fallait continuer les 'nouvelles politiques', les réformes amorcées en 1069 par Wang Anshi, le chef du conseil de son père et continuées sous son frère. Or, pendant deux ans, Huizong hésita et il y eut une sorte de cohabitation entre les réformateurs et les conservateurs. Ces 'nouvelles politiques' consistaient en un programme de prêt de semences aux fermiers et de nombreuses nouvelles taxes commerciales. Une raison pour l'instauration de ces taxes et d'une agence de vente de thé du Sichuan contre des chevaux de l'empire Xi Xia, était de fortifier l'armée Song en vue d'une campagne pour reprendre des territoires perdus dans le nord. Mais bien que 50% du budget allait aux armées, la campagne militaire de son père fut un semi-échec et Shenzong abandonna ses velléités de conquête. Pour pacifier ses frontières du nord, l'empire Song continua alors de payer un tribut annuel d'argent, de soie et de thé à ses deux voisins septentrionaux, les Xi Xia et les Liao. 

En choisissant Cai Jing comme le premier des ministres en 1102, Huizong prit finalement le parti des réformateurs et de leur 'nouvelle politique'. Son frère Cai Bian devint alors le directeur du Bureau des Affaires Militaires et dès 1103, l'armée Song parvint à reprendre deux préfectures dans le nord aux Xi Xia. D'autres campagnes militaires allaient avoir lieu contre les Xi Xia dans les 10 années suivantes. L'ampleur de ces victoires semble avoir été exagéré à Huizong. Ces victoires permirent de diminuer le tribut payé aux Xi Xia, mais rendaient le tribut payé au royaume de Liao plus intolérable. 

Grâce au commerce du thé, l'armée chinoise eut donc accès à plus de chevaux et de ressources financières pour être victorieuse, mais le poids financier de ces 'nouvelles politiques' se faisait durement sentir. En effet, pour faire face à un manque de pièces de monnaie en bronze, les réformateurs eurent l'idée d'en forger de nouvelles d'un poids environ double, mais d'une valeur de 10 au lieu de 2. La monnaie papier fit aussi son apparition, mais sa circulation était limitée au Sichuan. Ces mesures d'expansion de la valeur de la masse monétaire eurent pour conséquence une inflation de 200% ! La crise fut tellement sévère que cette nouvelle pièce fut retirée du marché et Cai Jing dut quitter le pouvoir en 1109 avant d'être rappelé par Huizong en 1112.

En 1115, le général Zhao Liangsi passa du camp des Liao à celui des Song et Huizong l'envoya en 1118 négocier une alliance avec les Jurchen (qui allaient prendre le nom d'empire Jin) contre les Liao. Après quelques aller-retours, l'alliance prit forme et Song et Jin se mirent d'accord pour attaquer les Liao par le Sud et le Nord-Est respectivement fin 1120. Mais c'est justement à ce moment qu'eut lieu la révolte de Fang La dans le Sud de la Chine. Mis tardivement au courant de cette révolte populaire, Huizong décida d'envoyer l'armée qui aurait dû combattre les Liao. Les rebelles furent très nombreux à avoir joint la rébellion contre cette politique de forte imposition fiscale, mais ils n'étaient pas de taille face à l'armée. Elle les écrasa dans un bain de sang, mais perdit beaucoup de temps dans le sud marécageux. 

Entre-temps, les Jurchen firent la guerre seuls contre les Liao et parvinrent à faire tomber ce royaume sans l'aide des Song. Quand l'armée Song put enfin se mesurer aux dernières forces Liao à Yanjing en 1122, ses résultats furent mitigés. Les chevaux commençaient à manquer à l'armée Song et les considérables dépenses de guerre asséchaient ses finances. Les nomades Jurchen venaient, eux, de s'enrichir des pillages du royaume Liao et leur appétit de bataille était décuplé par leurs victoires rapides. Aussi, quand les Jurchen remarquèrent la faiblesse de l'armée Song face aux derniers Liao, ils se montrèrent de plus en plus hostiles à face leur allié. En 1125, ils envahirent le territoire chinois et envoyèrent leurs forces directement sur la capitale Kaifeng où Huizong abdiqua en faveur de son fils. Mais cette abdication ne permit pas de renverser la situation. Au contraire, elle augmenta la confusion et le sentiment de panique du côté chinois. 

La défaite des Song fut totale et les Jurchen repartirent avec toutes les richesses de la capitale (or, argent, soie) et des femmes esclaves prises parmi la cour des Song et tout le clan impérial fut fait prisonnier et déporté vers le nord. La plupart de ces prisonniers moururent en chemin. 

Selon cette biographie, la plus grande erreur de Huizong et de sa cour fut de s'allier aux Jurchen contre les Liao. Il n'avait pas anticipé la puissance de cette peuplade et le risque qu'il pouvait poser à la Chine. Avec l'éloignement et le manque d'information, l'auteur plaide pour l'erreur humaine et le fait que n'importe quel autre empereur aurait pu faire la même erreur. Elle dédouane donc le goût de Huizong pour le luxe et les arts de cette débâcle. Je crois qu'elle a raison sur ce point, car maitriser la poésie, la peinture et la calligraphie, cela demande de l'intelligence et du travail, des qualités pour un empereur.

D'après cette biographie, je vois une autre raison plausible de l'effondrement des Song du Nord. Le livre met bien en évidence que le moment de bascule provient de cette campagne contre la région de Yan, la région Liao peuplée majoritairement de Chinois ethniques. Les Song pensaient que la conquête allait être une simple libération d'un peuple chinois opprimé. Si cela avait été le cas, les Jin auraient probablement respecté la victoire des armées Song. 

Mais qu'est-ce qui a empêché cette victoire ? La première raison est mentionnée clairement dans le livre: le retard de la campagne chinoise qui a d'abord du mater la rébellion de Fang La. Ce retard et ce détour par le sud a aussi du causer de la fatigue physique et morale parmi les troupes, car elles ont commencé par massacrer des compatriotes. La troisième raison n'est pas évoquée dans le livre, mais imaginez l'état d'esprit des Chinois de Yan. Ils vivaient paisiblement sous domination Liao, avec des impôts légers, vu que le tribut annuel des Song permettait de remplir les entrepôts des Liao. Ils voient que l'empire Liao s'écroule face aux Jurchen, mais ils voient aussi que les troupes Song viennent les attaquer après avoir massacrées des centaines de milliers de Chinois qui s'étaient rebellé contre le pouvoir central des Song et ses lourds impôts. Dans ces conditions, je trouve leur réaction de méfiance compréhensible. Ils n'avaient pas l'impression que l'armée Song venait les libérer, mais les asservir. Ainsi, le retard de l'armée chinoise et la méfiance des citoyens chinois de la région de Yan sont les conséquences des 'nouvelles politiques' qui augmentèrent les impôts sous Huizong. D'ailleurs, selon cet article du Cambridge Journal of Economics, on peut parler de proto-keynésianisme à propos de ces réformes.